Résumé hebdomadaire du marché des changes pour la semaine du 24 au 28 novembre 2025
1. Introduction – Marchés de change en mode “pause sous tension”
Cette semaine, les grandes devises ont surtout consolidé. Le dollar a légèrement perdu de sa superbe, l’euro s’est maintenu, et le franc suisse est resté fort… mais sous contrôle. Les marchés commencent à croire sérieusement à une baisse de taux de la Fed dès décembre, tandis que la BCE préfère temporiser et que la BNS surveille un CHF déjà très élevé. Pour les frontaliers et les PME suisses, ce n’est pas une semaine de grands mouvements, mais plutôt une semaine de fenêtre de gestion.
2. Vue d’ensemble : USD, EUR, CHF – qui mène la danse ?
Côté États-Unis, les signaux se dégradent : la confiance des ménages chute à 88,7 en novembre, bien en dessous des attentes, et les ventes au détail ralentissent franchement. Les économistes s’inquiètent d’un consommateur américain plus fragile, alors même que le chômage remonte autour de 4,4 %.
Résultat : les marchés de taux jouent de plus en plus le scénario d’une baisse des Fed Funds dès décembre, avec des probabilités implicites dépassant 50–60 % selon les indicateurs de marché. Les rendements US 10 ans refluent et le dollar cède un peu de terrain.
En zone euro, la photo est moins spectaculaire : le PMI composite reste au-dessus de 50, signe de croissance modérée, mais l’industrie repasse sous ce seuil à 49,7, montrant que la reprise reste fragile. L’inflation est proche de 2 %, ce qui permet à la BCE de garder les taux stables sans urgence ni pour monter, ni pour baisser.
Dans ce contexte, le CHF reste la devise solide et discrète du moment : forte sur un an, mais avec des mouvements de court terme contenus, en particulier sur EUR/CHF.
3. Focus CHF : un franc fort, un EUR/CHF verrouillé autour de 0,93
Sur la semaine, EUR/CHF a évolué dans une fourchette très étroite de 0,9300 à 0,9350, avec un niveau autour de 0,933 en fin de semaine.
Deux messages importants :
- Le franc reste historiquement fort : le niveau actuel reste proche des plus hauts de long terme, comme l’a rappelé la SNB en soulignant qu’il avait atteint un plus haut de décennie contre l’euro après l’accord commercial avec les États-Unis.
- Mais la volatilité est très faible : les marchés ont le sentiment qu’une zone de confort implicite existe pour la BNS, probablement autour de 0,92–0,94. Ce n’est pas un “plancher officiel”, mais un niveau où la banque centrale n’a aucune envie de voir l’EUR/CHF dévisser davantage, sauf nécessité.
Sur le USD/CHF, on reste proche de 0,80–0,805, après une année où le dollar a reculé d’environ 9 % contre le franc. Cela illustre bien la force structurelle du CHF : même si le dollar reste une grande devise mondiale, la paire USD/CHF traduit un franc robuste, soutenu par son rôle de valeur refuge et par une inflation domestique contenue.
La BNS, de son côté, rappelle qu’elle pourrait redevenir plus agressive, y compris via des taux à nouveau négatifs si la situation l’exigeait, mais insiste sur le fait que le seuil pour le faire est très élevé. Son mandat reste clair : stabilité des prix et stabilité du système, avec le taux de change comme variable d’ajustement, pas comme objectif primaire.
4. Focus euro : EUR/USD en range, BCE en mode “attendre et voir”
L’euro face au dollar reste dans un range 1,15–1,16, avec un fixing ECB à 1,1566 fin de semaine.
L’histoire ici est double :
- Fed plus dovish → soutien à l’euro : si les marchés ont raison et que la Fed baisse les taux dès décembre, le différentiel de taux en faveur du dollar se réduit, ce qui limite la force du billet vert.
- BCE prudente → pas d’euro euphorique : les responsables de la BCE répètent que la politique est “dans une bonne position”, que l’inflation est proche de la cible, mais que les risques à moyen terme restent présents, notamment via l’inflation hors énergie.
Le résultat, pour l’instant : pas de tendance franche, mais un euro qui tient plutôt bien face au dollar, tout en restant coincé par les doutes sur la croissance européenne.
5. Drivers macro : Fed, BCE, SNB, données & géopolitique
Les drivers de la semaine peuvent se résumer ainsi :
- Fed : données plus faibles (confiance, ventes, emploi) → marchés qui anticipent un cut → rendements US plus bas → dollar un peu moins fort.
- BCE : inflation proche de 2 %, mais inquiétude persistante sur les composantes hors énergie → volonté de ne pas “sur-relâcher” trop vite → euro globalement stable.
- SNB : franc très fort, inflation faible, message clair : on garde les options ouvertes, mais on ne panique pas.
- Géopolitique / Ukraine : l’initiative de paix soutenue par les États-Unis a déclenché un rallye sur les actifs liés à la guerre et a contribué à un ton plus positif en Europe. Si ces signaux se confirment, ce serait plutôt positif pour l’euro et légèrement moins porteur pour le CHF dans sa qualité de valeur refuge.
6. Impact pour les frontaliers et les PME suisses
Pour les frontaliers payés en francs suisses et vivant en zone euro, la situation actuelle est plutôt favorable : un EUR/CHF autour de 0,93 signifie qu’un salaire en CHF se convertit en euros dans de bonnes conditions. La faible volatilité permet d’optimiser les conversions CHF→EUR en les échelonnant. Le pouvoir d’achat en euros reste donc relativement stable.
Pour les PME suisses, la lecture est plus nuancée.
• Les exportateurs restent sous pression avec un franc structurellement fort, même si la stabilité de la paire évite des chocs soudains. C’est une période pertinente pour mettre en place ou réviser les couvertures de change.
• Les importateurs, notamment ceux exposés au dollar, bénéficient d’un USD/CHF proche de 0,80 : une fenêtre intéressante pour sécuriser les coûts d’achat en devises.
7. Perspectives semaine prochaine
Pour la semaine à venir, les regards resteront braqués sur :
- Les statistiques US (inflation, consommation, emploi) qui peuvent confirmer ou infirmer le scénario de baisse de taux Fed en décembre.
- Les premières estimations d’inflation de la zone euro et les derniers discours BCE avant la réunion du 18 décembre.
- La communication de la SNB à l’approche de sa réunion du 11 décembre, dans un contexte de franc fort.
Scénario central :
- EUR/CHF : stabilisation dans un couloir étroit, avec 0,92 comme support majeur et la zone 0,94 comme résistance de court terme.
- USD/CHF : tendance légèrement baissière si les anticipations de cut Fed se confirment.
- EUR/USD : range 1,15–1,17 tant que la Fed n’a pas tranché et que la BCE reste en pause.
Risque principal : si les données US surprennent fortement à la hausse, le marché pourrait recaler à la hausse les anticipations de taux Fed → dollar plus fort, pression baissière sur USD/EUR et USD/CHF, mais avec des effets différenciés sur le CHF (le statut refuge reste un facteur à part).
8. Conclusion
Le message de la semaine est simple : le CHF reste fort mais contenu, l’euro tient sa place, et le dollar perd un peu de terrain à mesure que se renforce le scénario d’une Fed plus accommodante. Pour les frontaliers et les PME suisses, l’absence de grands mouvements est une opportunité : c’est souvent dans ces phases “ennuyeuses” que l’on prépare le mieux sa stratégie de change, avant que la prochaine vague de volatilité ne revienne.
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