Le Dollar vacille entre tensions iraniennes et déceptions macroéconomiques
Le Dollar vacille entre tensions iraniennes et déceptions macroéconomiques
Synthèse du marché des changes pour la semaine du 2 au 6 février 2026
La première semaine de février 2026 a été dominée par un changement rapide de régime de marché. Après un soutien initial au dollar lié à la nomination pressentie de Kevin Warsh à la Fed, la devise américaine a progressivement perdu de son élan. Des signaux de fragilité sur l’emploi américain, combinés à une semaine dense en décisions de banques centrales, ont ravivé la volatilité. En toile de fond, les tensions géopolitiques dans le Golfe ont renforcé les mouvements erratiques sur l’or et les devises refuges, tandis que la Livre sterling a été pénalisée par une fracture inattendue au sein de la Banque d’Angleterre.
Analyse chronologique et thématique
Lundi – Mardi : l’effet Warsh et la surprise australienne
La semaine a débuté par une réévaluation marquée des anticipations de taux américains après l’annonce de Donald Trump concernant la possible nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale.
Marché obligataire
Le rendement du Treasury 30 ans a brièvement atteint 4,914 %. Le marché a surtout réagi à la crainte d’un resserrement quantitatif plus agressif, Warsh étant perçu comme plus orthodoxe sur la taille du bilan de la Fed.
RBA (Australie)
Contre le consensus, la Banque centrale australienne a relevé son taux directeur de 25 points de base à 3,85 %, invoquant une inflation toujours résistante. Première hausse depuis fin 2023, cette décision a propulsé l’AUD/USD au-dessus de 0,7000 et rappelle que toutes les banques centrales ne sont pas encore alignées sur un scénario de détente monétaire.
Commerce international
Un accord commercial inattendu entre les États-Unis et l’Inde a entraîné un recul de l’USD/INR, New Delhi s’engageant à réduire ses achats de pétrole russe. Le marché a interprété cet accord comme un signal de réalignement géopolitique plus large.
Mercredi : retour brutal de l’aversion au risque
Le milieu de semaine a marqué un net basculement vers le risk-off après l’annonce de l’interception d’un drone iranien par l’armée américaine dans le Golfe persique.
Valeurs refuges
L’or a connu une séance particulièrement volatile, passant d’environ 4 900 $ à un sommet proche de 5 083 $. Le franc suisse a logiquement profité de ce regain d’aversion au risque, avec un USD/CHF en repli vers 0,7739.
Crypto-actifs
Les actifs numériques ont accentué leur correction. Le Bitcoin a touché un point bas proche de 60 000 $, affichant une baisse cumulée d’environ 28 % depuis la mi-janvier, signe d’un désengagement marqué des positions les plus spéculatives.
Jeudi : “Super Thursday” et fissures sur le marché du travail américain
La journée de jeudi a concentré l’essentiel des informations macroéconomiques de la semaine.
Banque d’Angleterre (BoE)
Si le taux directeur a été maintenu à 3,75 %, le vote a révélé une division inattendue, avec cinq membres favorables au statu quo contre quatre plaidant pour une baisse immédiate. Cette fracture interne a provoqué une chute rapide de la Livre sterling.
BCE
La Banque centrale européenne a maintenu ses taux à 2,0 % à l’unanimité. Christine Lagarde a indiqué que l’appréciation récente de l’euro était intégrée dans les scénarios macroéconomiques, sans signal clair en faveur d’une baisse imminente.
Données américaines
Le rapport JOLTS a reculé à 6,54 millions d’offres d’emploi, son plus bas niveau depuis septembre 2020. Les inscriptions hebdomadaires au chômage ont progressé à 231 000. Le marché y voit un début de normalisation, voire de fragilisation, du marché du travail américain, entraînant une détente des rendements et un affaiblissement du dollar.
Vendredi : attentisme avant le Japon
La fin de semaine a été plus calme, le rapport officiel sur l’emploi américain (NFP) ayant été reporté à la semaine suivante en raison d’une fermeture partielle des administrations fédérales. L’attention s’est déplacée vers les élections japonaises prévues dimanche.
Performance des principales paires
USD/CHF
Malgré les tensions géopolitiques, la paire semble évoluer dans une zone d’équilibre autour de 0,7750–0,7780. L’EUR/CHF reste contenu entre 0,9150 et 0,9180, la BNS semblant toujours vigilante face à une appréciation excessive du franc.
EUR/USD
La paire a terminé la semaine autour de 1,1817. Malgré la faiblesse du dollar observée jeudi, l’euro n’a pas réussi à franchir durablement la zone de 1,1850. Le support à 1,1770 a tenu, mais la déception sur la production industrielle allemande (-1,9 %) a limité le potentiel haussier.
GBP/USD
La Livre a été la grande perdante de la semaine. Après un sommet proche de 1,3744, la paire a reculé vers 1,3568. Le marché intègre désormais une probabilité accrue de baisse des taux dès le printemps.
USD/JPY
La paire est restée volatile à l’approche des élections japonaises. Les propos de Mme Takaichi en faveur d’un yen faible ont poussé l’USD/JPY vers 156,94, avant un retour vers 156,50 en fin de semaine sur prises de bénéfices et incertitude politique.
Lecture de régime de marché
Ce début février confirme un changement plus profond que la simple volatilité hebdomadaire. Le marché entre dans une phase où la crédibilité macro prime sur le statut. Le dollar n’est plus automatiquement refuge, la politique américaine devient un facteur de fragilisation plutôt que de soutien, et les devises se traitent de plus en plus comme des actifs macro à part entière. Dans ce contexte, le CHF et l’or jouent pleinement leur rôle de baromètres de défiance, tandis que le JPY reste prisonnier de ses ambiguïtés politiques. La sélectivité, la lecture fine des banques centrales et l’attention portée aux signaux du marché du travail redeviennent centrales pour comprendre les mouvements de change à venir.
Conclusion et perspectives
Cette semaine confirme un point clé : le dollar n’est plus porté mécaniquement par le statut de valeur refuge. La combinaison d’un risque politique accru, de signes de fragilité sur l’emploi américain et d’une hétérogénéité croissante des politiques monétaires crée un environnement plus instable pour la devise américaine.
À surveiller dès l’ouverture de lundi :
- Élections japonaises : une confirmation de la coalition conservatrice pourrait raviver la volatilité sur le JPY.
- Emploi américain : le NFP reporté à mercredi sera scruté à la lumière des données JOLTS déjà faibles.
- Géopolitique : les discussions USA–Iran à Oman resteront déterminantes pour l’évolution du pétrole et de l’or.


