Choc géopolitique, douche froide sur l’emploi américain et spectre des taux négatifs en Suisse
Synthèse du marché des changes pour la semaine du 2 au 6 mars 2026
Résumé Exécutif
La première semaine de mars 2026 a redessiné les cartes du marché des changes. L’entrée en guerre des États-Unis, sous l’impulsion de Donald Trump et d’Israël contre l’Iran a agi comme un puissant catalyseur, déclenchant une ruée massive vers les valeurs refuges. Cette crise a poussé la Banque Nationale Suisse (BNS) dans ses retranchements face à un franc s’envolant dangereusement vers la parité de 0,90 face à l’euro. En fin de semaine, un rapport sur l’emploi américain (NFP) catastrophique a totalement pris les marchés à revers, compliquant l’équation de la Réserve fédérale (Fed) qui se retrouve coincée entre un marché du travail en contraction et une inflation importée par les prix du pétrole.
Analyse Thématique et Chronologique
Lundi et Mardi : L’onde de choc géopolitique et l’alerte de la BNS Dès le début de la semaine, les marchés ont réagi aux frappes aériennes conjointes de samedi 28 février ayant ciblé l’Iran et entraîné la mort de hauts dirigeants. L’afflux massif de capitaux refuges a immédiatement profité au franc suisse : l’euro a lourdement chuté, franchissant à la baisse le seuil symbolique de 0,91. Face à cette appréciation fulgurante, la BNS est intervenue verbalement pour calmer le jeu, une déclaration qui n’a convaincu les opérateurs que l’espace d’une journée.
Mercredi et Jeudi : La crise énergétique et la force du dollar En milieu de semaine, la désorganisation des routes d’approvisionnement et la prime de risque liée à une éventuelle fermeture du détroit d’Ormuz ont soutenu les prix du pétrole. Le baril de Brent s’est stabilisé autour des 85 dollars. Ces tensions inflationnistes ont poussé le dollar à la hausse, l’EUR/USD touchant son plus bas niveau depuis plus d’un an sous la barre des 1,1600. Les devises dites « risk-on » (AUD, NZD, CAD) ont toutes subi de fortes pressions à la vente.
Vendredi : Le NFP efface les espoirs et le franc teste la « ligne rouge ». La séance de vendredi a été marquée par deux faits marquants :
- La contraction de l’emploi américain : Le très attendu rapport NFP a fait l’effet d’une bombe en révélant une destruction nette de 92 000 emplois en février, très loin des 58 000 à 65 000 créations anticipées par le consensus. Ce chiffre négatif a relancé les anticipations de baisses de taux de la Fed, pesant sur le dollar en fin de séance.
- L’angoisse des 0,90 en Suisse : L’euro a terminé la semaine en valant proche de 90 centimes, exacerbant la menace sur les exportateurs suisses. Le vice-président de la BNS, Antoine Martin, est monté au créneau vendredi pour réitérer la volonté d’intervention de l’institution. Avec une inflation locale maîtrisée à +0,1 % en février, la BNS dispose d’une marge de manœuvre, mais le risque d’un retour impopulaire aux taux d’intérêt négatifs a certainement grandi.
Performance des Principales Paires de Devises
EUR/CHF Sous tension extrême : C’est la ligne de front de la semaine. La paire a franchi la barre des 0,91 pour s’enfoncer tout au long de la semaine. Vendredi, le seuil de 0,90 (considéré comme une « ligne rouge non officielle ») a été testé, l’euro ne valant plus qu’à peine 90 centimes.
USD/CHF Baisse en fin de semaine : Si le dollar a d’abord profité de son double statut (rendement et refuge) pour grimper vers 0,7870 en cours de semaine, le choc du NFP l’a fait reculer à 0,7777 vendredi soir (-0,41 % sur la séance).
EUR/USD Lourd repli hebdomadaire : La paire termine la semaine juste sous le seuil de 1,1600, enregistrant son plus fort repli hebdomadaire depuis plus d’un an, pénalisée par le climat géopolitique et la vulnérabilité de l’économie européenne face au pétrole.
USD/JPY Faiblesse du Yen : La paire se maintient au-dessus de 157,50. Le yen n’a pas pleinement joué son rôle refuge habituel, poussant le gouverneur adjoint de la BoJ, Ryozo Himino, et le ministre des Finances à signaler leur disponibilité à agir face à la chute de la devise.
GBP/USD et GBP/CHF La livre recule : La devise britannique a touché ses plus bas de trois mois contre le dollar (vers 1,3250) avant de rebondir légèrement au-dessus de 1,3350 vendredi. L’aversion au risque et un marché du travail britannique essoufflé ont pesé sur la livre.
AUD/USD, NZD/USD et USD/CAD Pression sur le risque-on : Ces trois devises ont été délaissées. Le dollar canadien, malgré la hausse du pétrole qui l’avantage historiquement, a souffert de l’incertitude sur la durée du conflit et a été rejeté sur ses niveaux de résistance.
Conclusion et Perspectives
La semaine à venir s’annonce sous le signe d’une double incertitude majeure. D’une part, l’évolution du front militaire au Moyen-Orient continuera de dicter l’appétit pour le risque. D’autre part, la Fed devra résoudre un véritable casse-tête : comment réagir à un rapport de l’emploi catastrophique (-92 000 postes) alors que l’inflation pétrolière menace de rebondir ?
Pour les cambistes, tous les regards seront tournés vers la Suisse. Avec un EUR/CHF flirtant avec la ligne rouge des 0,90, le marché va scruter chaque inflexion dans le discours de la BNS. La réunion du 19 mars s’annonce explosive, et l’hypothèse de l’utilisation de l’arme de dernier recours, le retour aux taux négatifs, n’est plus un tabou, bien que cela ne soit pas mon scénario favori.
Bonne semaine !


