La géopolitique dicte le tempo, l’espoir diplomatique fait plier le dollar
La semaine en bref
Cette semaine sur le marché des changes a été un véritable ascenseur émotionnel, rythmée presque exclusivement par les soubresauts du conflit entre les États-Unis et l’Iran. Si le début de semaine a été marqué par une forte aversion au risque profitant au billet vert, les développements inattendus de vendredi ont provoqué un revirement spectaculaire, redonnant des couleurs aux devises majeures face au dollar.
Le marché des changes en détail (20 au 24 avril 2026)
Lundi à Jeudi : tension maximale, le billet vert en valeur refuge
Le début de semaine s’est ouvert dans un climat de nervosité extrême. L’annonce par Donald Trump de tirs américains sur un navire iranien tentant de forcer le blocus naval a déclenché une vague d’achats refuges vers le dollar américain. Dans ce contexte, la paire USD/CHF a franchi la barre des 0.7830, testant même des sommets vers 0.7875.
L’euro, quant à lui, a subi de plein fouet cette pression, la paire EUR/USD glissant de 1.1790 lundi pour plonger temporairement sous le seuil psychologique de 1.1700 jeudi. L’incertitude planait d’autant plus que Téhéran déclarait initialement refuser toute nouvelle négociation avec Washington.
Même l’annonce d’un cessez-le-feu à durée indéterminée par le président américain en milieu de semaine n’a eu qu’un effet modérateur. De brèves rumeurs non vérifiées d’attaques circulant sur les réseaux sociaux jeudi ont suffi à maintenir les marchés sur le qui-vive, propulsant les cours du pétrole Brent au-delà des 100 dollars le baril. Le franc suisse est resté très soutenu face à la monnaie unique, la paire EUR/CHF s’enlisant entre 0.9160-0.9190 tout au long de ces journées d’incertitude.
Le pivot du vendredi : L’espoir de négociations relance l’appétit pour le risque
Alors que la semaine semblait se diriger vers une clôture sous haute tension, la journée de vendredi a rebattu les cartes. Des informations faisant état de l’envoi d’émissaires américains (Witkoff et Kushner) à Islamabad pour rencontrer le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, ont radicalement transformé le sentiment du marché. Bien que la presse iranienne ait continué de nier la programmation de pourparlers directs, l’espoir d’une percée diplomatique a suffi à déclencher un environnement d’appétit pour le risque.
Conséquence immédiate : le dollar américain a faibli de manière généralisée face à ses pairs du G10.
- L’Euro et la Livre sterling : La monnaie unique a mis fin à une série de trois jours de baisse, profitant de cet optimisme géopolitique pour reprendre des couleurs à 1.1720 contre USD et même 0.9215 contre le CHF, tout comme la livre sterling (GBP/USD) qui a également progressé.
- Le Yen japonais : La devise nippone s’est également renforcée vendredi. Au-delà des flux sortants du dollar, le yen a été soutenu par des chiffres d’inflation japonaise en hausse (le CPI rebondissant à 1,5% en mars) et par les avertissements fermes du ministre japonais des Finances contre les manœuvres spéculatives.
- Les devises antipodes : Le dollar néo-zélandais a surperformé, porté à la fois par le regain d’appétit pour le risque et par des anticipations d’une politique monétaire plus stricte (hawkish) de la part de sa banque centrale, suite à des données d’inflation plus élevées que prévu annoncées plus tôt dans la semaine.
Le spectre de la stagflation en toile de fond
Malgré l’euphorie de fin de semaine, un facteur macro-économique inquiétant s’installe durablement : la stagflation. La flambée des prix de l’énergie causée par le conflit au Moyen-Orient commence à s’infiltrer dans les attentes des consommateurs. L’enquête de l’Université du Michigan publiée vendredi a révélé une baisse du sentiment des consommateurs américains, couplée à une hausse préoccupante des anticipations d’inflation à un an (grimpant à 4,7%) et à long terme. Cette dynamique de ralentissement économique (illustrée par des PMI européens en contraction dans les services) combinée à des pressions inflationnistes persistantes complique sérieusement la tâche des banques centrales.
Points d’attention pour la semaine à venir : Le bal des banques centrales
La semaine prochaine s’annonce explosive, avec un calendrier économique chargé qui pourrait éclipser (ou amplifier) la thématique géopolitique. Voici les catalyseurs majeurs à surveiller :
- Le verdict de la Réserve Fédérale (Fed) : Mercredi, la Fed devrait maintenir ses taux inchangés. Les cambistes scruteront tout changement de ton face au narratif stagflationniste grandissant et suivront de près l’évolution des rendements obligataires.
- La Banque du Japon : Bien que les attentes d’une hausse des taux immédiate aient diminué, la pression inflationniste et la faiblesse récente du yen pourraient pousser la BoJ à adopter un discours nettement plus restrictif (hawkish) mardi.
- Une avalanche de réunions monétaires : La Banque Centrale Européenne, la Banque d’Angleterre et la Banque du Canada annonceront également leurs décisions de politique monétaire. Les marchés s’attendent globalement à des statu quo face à l’incertitude mondiale.
- Données macroéconomiques américaines cruciales : La publication de l’indice des prix PCE (la mesure d’inflation préférée de la Fed) et des chiffres de la croissance du PIB au premier trimestre viendront confirmer ou infirmer les craintes d’une inflation tenace.
- Le fil rouge diplomatique : Bien entendu, les développements concernant les négociations entre les États-Unis et l’Iran ce week-end et en début de semaine resteront le moteur principal de l’action des prix sur les devises et le pétrole.


