Entre Ormuz et la Fed, le franc tire son épingle du jeu
Entre Ormuz et la Fed, le franc tire son épingle du jeu
Semaine de montagnes russes. Géopolitique au Moyen-Orient, rendements obligataires en flèche, pétrole en dents de scie, et un virage hawkish marqué de la Réserve fédérale : les marchés des changes ont été ballottés par des forces contradictoires. Derrière le bruit, les lignes de fond ont bougé, et l’EUR/CHF a fini par lâcher prise.
L’Iran dicte encore le tempo
Depuis le début du conflit américano-israélo-iranien fin février, le détroit d’Ormuz reste le nerf de guerre des marchés. Lundi, Trump a annulé une attaque planifiée contre l’Iran à la demande des alliés du Golfe. Le pétrole a plongé, le dollar a fléchi. Mardi, le Wall Street Journal a rapporté que les médiateurs constataient peu de progrès : le brut est remonté, le dollar aussi. Mercredi, Trump a déclaré que les négociations étaient dans leurs dernières étapes. Le Brent a dévissé de 6 dollars en une séance, à 105 dollars. Jeudi, des rapports contradictoires se sont succédé toute la journée : accord final annoncé puis démenti par Al Arabiya elle-même. Vendredi, le chef d’état-major pakistanais et des responsables qataris étaient à Téhéran, mais le porte-parole iranien a tempéré, soulignant que les différences restaient profondes. Le Brent a clôturé à 103,92 dollars, en forte baisse par rapport aux 112 dollars de lundi. Les deux points d’achoppement majeurs persistent : le nucléaire iranien et la réouverture d’Ormuz.
La Fed durcit le ton
Le gouverneur Waller, encore du côté des “doves” en début d’année, a opéré un virage spectaculaire vendredi. Il a plaidé pour le retrait du biais accommodant du communiqué, estimant qu’il était “aberrant” de parler de baisses de taux au vu des données récentes, et déclaré qu’il n’hésiterait pas à soutenir une hausse si les anticipations d’inflation se désancraient. Les marchés monétaires intègrent désormais une hausse de 25 points de base d’ici fin 2026.
Les minutes de la réunion d’avril, publiées mercredi, avaient déjà posé le décor : une majorité de participants estime qu’un resserrement supplémentaire sera justifié si l’inflation persiste. Le mandat de Jerome Powell a pris fin et Kevin Warsh a été investi comme 17ème président de la Fed. L’indice Michigan de confiance des consommateurs a touché un plus bas historique à 44,8, avec des anticipations d’inflation à cinq ans bondissant à 3,9%.
EUR/CHF : la rupture du range
C’est le mouvement le plus notable de la semaine pour les cambistes suisses. Après des jours à évoluer entre 0,9130 et 0,9175, l’EUR/CHF a décroché en clôture hebdomadaire à 0,9105, un niveau qui n’avait plus été visité depuis les points bas de mars. Le franc a repris l’ascendant, porté par l’incertitude géopolitique et le reflux du pétrole qui favorise les économies importatrices nettes. La cassure sous 0,9130 est le signal que les opérateurs surveilleront la semaine prochaine : simple excès de clôture ou début d’une nouvelle vague de baisse ?
Le USD/CHF a brièvement percé 0,79 mercredi (pic à 0,7906) avant de refluer nettement pour clôturer à 0,7846. Le franc a repris tout le terrain cédé. Le message est clair : tant que la situation au Moyen-Orient reste irrésolue, le CHF conserve son attrait de valeur refuge, et les poussées du dollar peinent à tenir.
EUR/USD : les taux US dominent
L’EUR/USD a poursuivi son repli, de 1,1635 lundi à un creux de 1,1576 jeudi, pour clôturer à 1,1598. Le moteur reste le différentiel de taux : le 30 ans US a touché 5,18% mercredi, un plus haut depuis 2007.
Les PMI flash de la zone euro de mai ont ajouté une couche d’inquiétude : la composante française a plongé à son plus bas depuis fin 2020, les données agrégées pointent vers une contraction de 0,2% du PIB au deuxième trimestre, dans un environnement où l’inflation flirte avec 4%. La stagflation n’est plus un mot tabou à Francfort. La finalisation de l’accord commercial UE-Etats-Unis n’a guère impacté l’euro.
GBP, JPY et Antipodéennes
La livre a fait preuve de résistance, clôturant à 1,3429. L’inflation britannique a ralenti à 2,8% (consensus 3,0%), mais les PMI de mai sont tombés en zone de contraction. La BoE est face au dilemme classique : inflation encore trop élevée, économie qui ralentit.
Le USD/JPY a clôturé à 159,15, scotché sous le seuil d’intervention de 160. Le ministre des Finances Katayama a réitéré que les autorités étaient prêtes à agir. L’inflation sous-jacente japonaise a ralenti à 1,4%, son rythme le plus faible en quatre ans, compliquant le chemin de la BoJ.
Le dollar australien a souffert de données chinoises décevantes et d’un rapport emploi franchement mauvais (destruction de 18’600 postes, chômage à 4,5%). L’AUD/USD a clôturé à 0,7125 et toute perspective de hausse RBA en juin est enterrée. Le NZD/USD a terminé à 0,5847, dans l’attente de la RBNZ la semaine prochaine.
La semaine prochaine
La plupart des marchés seront fermés lundi. Les points d’attention : décision de la RBNZ mercredi (pause attendue), CPI australien mercredi, minutes BCE jeudi, PCE américain d’avril jeudi (core PCE attendu entre 0,3% et 0,4%, ce qui renforcerait le narratif hawkish), et deuxième estimation du PIB US. Vendredi, les CPI préliminaires de mai pour la France, l’Espagne, l’Allemagne et l’Italie donneront un premier aperçu de la dynamique des prix en Europe.
Et bien entendu, tout développement sur le front iranien continuera de primer sur n’importe quel indicateur. La question n’est plus de savoir si un accord est possible, mais si les deux parties peuvent s’entendre avant que la patience de Washington ne s’épuise.


