PCE, pétrole et poker iranien : cocktail explosif pour le dollar
La semaine du 26 au 29 mai a été dictée par le conflit US-Iran, oscillant entre frappes militaires et espoirs diplomatiques. Le dollar a tenté un rebond jusqu’à frôler les 0.79 contre le franc, avant de rechuter vendredi. Le PCE américain d’avril, légèrement sous les attentes en données mensuelles mais au plus haut annuel depuis fin 2023, a brouillé la lecture pour la Fed. Pendant ce temps, les indices actions américains, dopés par l’IA, ont aligné les records historiques.
La guerre des nerfs au Moyen-Orient
Rarement une semaine aura vu les marchés autant danser au rythme de la géopolitique. Lundi, alors que la plupart des marchés étaient fermés, les forces américaines ont mené des frappes au sud de l’Iran contre des cibles impliquées dans le minage du détroit, qualifiées d’opérations défensives. Le ton était donné.
Mardi, les marchés ont rouvert sur un dollar raffermi. Le S&P 500 et le Nasdaq 100 ont inscrit de nouveaux records, ce dernier franchissant pour la première fois la barre des 30 000 points, porté par le rallye des semi-conducteurs et de l’IA. Les cours du pétrole ont reculé sur fond d’espoirs de finalisation d’un accord, le WTI cédant près de 3 dollars à 93.89 dollars le baril.
Mercredi, une deuxième salve de frappes américaines sur le site militaire de Bandar Abbas a ravivé les craintes. Le Brent est remonté vers 98 dollars, l’or a perdu 90 dollars en une nuit pour toucher 4 375 dollars l’once, et le dollar s’est apprécié nettement, l’EUR/USD glissant de 1.1660 à 1.1590.
Le tournant est venu jeudi. Selon des informations de presse, les négociateurs seraient parvenus à un accord sur un mémorandum d’entente prévoyant une extension du cessez-le-feu de 60 jours, la réouverture du détroit, la levée progressive du blocus naval et le lancement de négociations nucléaires formelles. Le pétrole a immédiatement plongé, entraînant le dollar à la baisse. Côté iranien, les sources officielles ont toutefois indiqué que le texte n’avait pas été finalisé.
Vendredi, Trump a détaillé ses exigences : ouverture immédiate et sans péage du détroit, élimination de toutes les mines, retrait de l’uranium enrichi sous supervision de l’AIEA. L’Iran a qualifié les revendications nucléaires de “sans fondement” et exigé le déblocage préalable de 12 milliards de dollars d’avoirs gelés. Une réunion de deux heures dans la Situation Room n’a pas abouti à une décision. Le Brent a clôturé la semaine à 91.59 dollars, en nette baisse par rapport aux niveaux de début de semaine.
PCE et Fed : l’inflation, l’autre front
Le PCE d’avril, publié jeudi, a offert un répit relatif. L’indice core est ressorti à +0.2% en mensuel, sous le consensus de +0.3%. Toutefois, le taux annuel a grimpé à 3.3%, son plus haut depuis novembre 2023, tandis que le PCE headline atteignait 3.8% en glissement annuel. Le PIB du premier trimestre a par ailleurs été révisé en baisse.
Les responsables de la Fed se sont montrés vigilants tout au long de la semaine. Le message dominant : la politique monétaire est correctement calibrée pour l’instant, mais une inflation persistante pourrait justifier un durcissement. Plusieurs membres votants ont souligné que les progrès sur la désinflation avaient calé et que le choc énergétique constituait un risque croissant. Les marchés monétaires ne pricent plus de hausse de taux d’ici décembre, après avoir brièvement intégré 25 points de base la semaine précédente.
Les autres banques centrales en mode vigilance
La RBNZ a maintenu son taux directeur à 2.25% mercredi, dans un vote serré à 3 contre 3 nécessitant la voix prépondérante du gouverneur. Le ton était nettement hawkish : les projections montrent un OCR proche de 3% d’ici fin 2026, avec une inflation attendue à 4.2% au T2. Le kiwi a bondi de plus de 2% sur la semaine, passant de 0.5850 à 0.5986.
Côté BCE, le discours continue de s’orienter vers une hausse en juin. Plusieurs membres du Conseil des gouverneurs ont indiqué que la durée et l’ampleur du choc énergétique rendaient impossible de simplement “regarder à travers”. La Banque de Corée a maintenu ses taux à 2.50% avec des dissidences en faveur d’un resserrement. La SARB a relevé son taux de 25 points de base à 7%.
Focus franc suisse : solide dans la tempête
L’EUR/CHF est resté confiné dans un couloir étroit entre 0.9100 et 0.9160. Le support à 0.91 a été testé à plusieurs reprises sans céder, notamment lundi (0.9110) et vendredi (clôture à 0.9103). Les tensions géopolitiques et le statut de valeur refuge du franc maintiennent une pression baissière sur le cross, mais les perspectives de hausse de taux de la BCE empêchent une cassure franche sous les 0.91.
Le USD/CHF est passé de 0.7840 mardi matin à un pic de 0.7899 dans la nuit de mercredi à jeudi, porté par les frappes américaines et le regain de tensions. Ce niveau, proche de la résistance psychologique des 0.79, n’a pas tenu. Le reflux est venu avec la perspective d’un accord diplomatique et le PCE plus doux que prévu. La paire a clôturé la semaine à 0.7806.
Le franc confirme son statut de valeur refuge dans un environnement volatil. La BNS a réitéré que le taux directeur reste l’instrument principal et que des interventions de change demeurent possibles si nécessaire. L’inflation suisse, à 0.6%, reste confortablement dans la moitié basse de la bande cible 0-2%, ce qui maintient la politique monétaire au plancher.
Tour d’horizon rapide
Le dollar canadien a affiché une légère appréciation sur la semaine, malgré un PIB du T1 en contraction de 0.1%, contre +1.5% attendu. Deuxième trimestre consécutif de baisse.
Le USD/JPY est resté sous haute tension entre 159 et 160, zone qui avait déclenché une intervention de la Banque du Japon début mai. Le chômage japonais a reculé à 2.5%, mais l’inflation de Tokyo a ralenti en mai. La BoJ dispose d’arguments pour un resserrement, mais le timing reste incertain. Clôture à 159.25.
L’inflation australienne d’avril est ressortie sous les attentes à 4.2% en glissement annuel, principalement grâce à la baisse de la taxe sur les carburants. L’inflation sous-jacente reste cependant élevée à 3.4%, au-dessus de la cible de la RBA. La paire clôture à 0.7180.
Le NZD/USD est le grand gagnant de la semaine avec +2.32%, porté par le « hold hawkish » de la RBNZ. Ce dernier clôture à 0.5986.
Perspectives : une semaine chargée
Lundi, le PIB suisse du T1 et l’ISM manufacturier américain donneront le ton. Mardi, le HICP flash de mai en zone euro sera scruté pour confirmer (ou non) la hausse attendue de la BCE en juin. Mercredi, l’ISM services, le Beige Book de la Fed et les chiffres ADP compléteront le tableau conjoncturel. Jeudi, le CPI suisse de mai sera un point d’attention pour la BNS. Vendredi, le NFP américain constituera le temps fort avec un consensus à 95 000 créations d’emplois et un chômage attendu stable à 4.3%. Le rapport sur l’emploi canadien viendra compléter le panorama.
Sur le front géopolitique, le week-end pourrait être décisif. Si Trump donne son feu vert au mémorandum d’entente, le pétrole connaîtra une nouvelle jambe de baisse, emportant avec lui les anticipations d’inflation et, potentiellement, le dollar.


