Chiffres de l’emploi aux US et menace de la BNS : deux chocs pour le franc
Chiffres de l’emploi aux US et menace de la BNS : deux chocs pour le franc
Semaine du 1er au 5 juin 2026
La semaine s’est jouée vendredi. Un rapport sur l’emploi américain bien plus solide que prévu a balayé les anticipations de baisse de taux et propulsé le dollar contre l’ensemble du G10. Le franc, lui, a subi un double choc : la fermeté retrouvée du billet vert et la menace explicite d’intervention de la BNS. En toile de fond, le pétrole a dicté le tempo des premières séances avant de refluer.
Le grand revirement des anticipations Fed
Le fil rouge de la semaine est une bascule. Pendant quatre jours, les données américaines ont aligné les bonnes surprises sans réellement faire bouger le marché des changes, focalisé sur le Moyen-Orient. L’ISM manufacturier est ressorti à 54.0 (contre 52.7), avec un repli bienvenu de la composante prix. L’ISM des services a confirmé à 54.5. Les ouvertures de postes JOLTS ont bondi à 7.618 millions, leur plus haut niveau depuis deux ans. L’enquête ADP a affiché 122’000 créations en mai.
Le déclencheur est venu vendredi avec les NFP. L’économie américaine a créé 172’000 emplois en mai, très au-dessus des 85’000 attendus, et la statistique d’avril a été révisée en hausse à 179’000 (contre 115’000 initialement publiés). Le taux de chômage est resté stable à 4.3%. La réaction des marchés monétaires a été immédiate : ils pricent désormais pleinement une hausse de 25 points de base de la Fed d’ici la fin d’année, contre environ 16 points de base avant la publication. Tout au long de la semaine, les responsables de la Fed ont martelé le même message, l’inflation reste le risque dominant. La banque centrale entre maintenant en période de silence avant la réunion du 17 juin, la première présidée par Kevin Warsh.
Le pétrole aux commandes en début de semaine
Avant l’emploi, c’est la géopolitique qui menait la danse. Les États-Unis et l’Iran ont échangé des frappes en milieu de semaine, l’aéroport du Koweït a été touché, et Téhéran a brandi la menace de fermer le détroit d’Ormuz et celui de Bab al-Mandab. Le brut a réagi violemment : le WTI est passé d’environ 89 dollars lundi à un pic proche de 96 dollars mercredi. À partir de jeudi, la tonalité s’est faite plus constructive, avec des déclarations évoquant des négociations dans leur phase finale. Le brut a alors reflué pour clôturer vendredi à 90.54 dollars le baril (WTI) et 93 dollars (Brent). Ces allers-retours ont rythmé les rendements obligataires et l’appétit pour le risque toute la semaine.
Du côté européen, l’inflation a renforcé le scénario d’un resserrement de la BCE. L’IPC de la zone euro est ressorti à 3.2% sur un an, avec une inflation sous-jacente en hausse à 2.5%. La voie d’une hausse en juin est désormais largement tracée. L’EUR/USD, qui s’était maintenu au-dessus de 1.1600 une bonne partie de la semaine, a finalement cédé après les NFP pour clôturer à 1.1519, en repli de 1.17% sur la semaine.
Focus franc suisse
L’EUR/CHF a évolué dans un corridor étroit, entre 0.9097 et 0.9202 depuis le début mai. La paire a testé le support des 0.9100 lundi avant de rebondir d’une vingtaine de points. La dynamique s’est inversée à partir de mardi sous l’effet du discours de la BNS, l’EUR/CHF remontant jusqu’à un plus haut de 0.9183 avant de se stabiliser autour de 0.9172 en clôture, en hausse de 0.76% sur la semaine.
Le USD/CHF a suivi une trajectoire ascendante régulière, sa meilleure semaine du lot avec un gain de 1.92%. Parti d’environ 0.7810 lundi, il a franchi sa moyenne mobile à 50 jours, dépassé la résistance des 0.7900 jeudi, puis accéléré après les NFP pour clôturer la semaine à 0.7956. L’indice dollar DXY est remonté autour de 100.
Synthèse. Le président de la BNS, Martin Schlegel, a déclaré que l’institut était désormais davantage disposé à intervenir sur le marché des changes face au raffermissement du franc, attribuant directement cette pression aux tensions au Moyen-Orient. Ce signal a coupé court aux flux refuge qui avaient soutenu la devise lors du pic pétrolier. L’IPC suisse, plus faible que prévu (0.2% sur le mois, 0.6% sur un an), conforte une BNS ancrée à son taux plancher de 0.00%, le marché ne voyant pas de mouvement avant mi-2027. Le franc reste donc pris en étau entre son statut de valeur refuge et la volonté affichée de la BNS d’en plafonner l’appréciation. L’écart de performance parle de lui-même : le franc cède 1.92% face au dollar mais limite la casse à 0.76% face à l’euro.
Tour d’horizon des autres paires
USD/JPY. Le yen a concentré l’attention. La paire a testé puis franchi le seuil des 160 lors de trois séances consécutives, niveau associé par le marché à un risque d’intervention, pour clôturer à 160.28. Le gouverneur Ueda a réaffirmé son intention de poursuivre la normalisation, et des sources évoquent une possible hausse dès la réunion du 16 juin. Après les NFP, le yen a connu un brusque accès de fermeté, alimentant les spéculations sur une vérification de cours, voire une intervention.
AUD/USD. Le dollar australien a fait du surplace en début de semaine malgré un PIB du premier trimestre décevant à 0.3% et un excédent commercial surprise, avant de décrocher à 0.7045 en clôture (-1.88%), pénalisé par le repli du sentiment de risque vendredi.
USD/CAD. Le dollar canadien est tombé à un plus bas de huit semaines à 1.3900 jeudi, plombé par les tensions commerciales et le pétrole. Il s’est repris vendredi grâce à un rapport sur l’emploi canadien très solide (87’800 créations contre 10’000 attendues), terminant à 1.3934, parmi les devises les plus résistantes au dollar. Les États-Unis, le Mexique et le Canada devraient toutefois manquer l’échéance de renouvellement de l’ALENA fixée au 1er juillet.
NZD/USD. Le kiwi signe la pire performance du G10 (-3.17%). Après un plus haut de trois mois à 0.5994 en début de semaine, porté par les anticipations de hausses de taux, il a chuté jusqu’à 0.5796 sur la dégradation du sentiment et des données commerciales décevantes.
Côté livre, le GBP/CHF a progressé de 1.10% à 1.0622, dans le sillage de la fermeté du dollar et de la pression sur le franc. Les métaux précieux ont lourdement souffert de la combinaison dollar fort et rendements en hausse : l’or a perdu 4.65% à 4’327 dollars l’once, l’argent s’effondrant de 9.90% à 67.80 dollars. Le Bitcoin a perdu plus de 15% sur la semaine, tombant jusqu’à environ 61’322 dollars.
Perspectives
La semaine à venir sera dense. L’inflation américaine (CPI mercredi, PPI jeudi) sera scrutée de près après le repositionnement hawkish des marchés : elle dira si la hausse des coûts énergétiques se diffuse à l’ensemble de l’économie. La BCE est attendue jeudi avec une hausse de 25 points de base à 2.25%, le ton de la conférence de presse étant le véritable enjeu. La BoC annoncera mercredi, un statu quo étant anticipé. À surveiller également : la réunion OPEP/JMMC dimanche, l’inflation chinoise mercredi, le PIB britannique vendredi et la décision de la banque centrale turque jeudi. Pour le yen, la réunion de la BoJ du 16 juin se profile déjà comme l’événement majeur de la quinzaine.


