Le billet vert domine, l’or vacille
Le billet vert domine, l’or vacille
Semaine du 22 au 26 juin 2026
Dollar offensif sur une Fed franchement hawkish, pétrole en chute libre sur la désescalade entre Washington et Téhéran : la semaine s’est jouée sur ces deux axes. Le franc a cédé face au billet vert mais s’est renforcé contre l’euro, ce dernier tombant à son plus bas de l’année face au dollar.
Une Fed qui price des hausses, pas des baisses
Au lendemain du premier FOMC présidé par Kevin Warsh, le marché a digéré un message sans ambiguïté : l’inflation reste la priorité du comité. Les marchés monétaires ne pricent plus des baisses mais des hausses, même si la probabilité chiffrée s’est dégonflée de 41 points de base de resserrement lundi à 30 vendredi, au gré du repli des rendements provoqué par la chute du pétrole. Les commentaires officiels ont entretenu la ligne dure : inflation cœur jugée “bien trop élevée”, horizon du retour à 2% repoussé à 2028, et un membre votant ne voyant qu’une seule hausse en 2026 puis un statu quo. Les données ont conforté la posture, avec un PMI manufacturier à 55.7 au plus haut depuis 49 mois et un PCE de mai aux rythmes annuels chauds (4.1% global, 3.4% cœur), malgré un glissement mensuel plus tendre à 0.4%.
Rendements élevés et aversion au risque ont propulsé le dollar : le DXY a culminé vers 101.55, son plus haut depuis mai 2025, avant une pause vendredi. Le billet vert termine néanmoins la semaine en hausse.
Le pétrole s’effondre, l’or suit
Après un week-end de tensions et une brève fermeture annoncée du détroit d’Ormuz, les pourparlers en Suisse ont viré au constructif. Washington a suspendu pour 60 jours ses sanctions sur le pétrole iranien et le trafic maritime a repris. Le brut a décroché jusqu’à des niveaux d’avant-conflit : le Brent a terminé la semaine autour de 73 USD/bbl, tandis que le WTI clôturait vendredi sous 70 USD/bbl pour la première fois depuis le début du conflit, à 69.23. Le marché ignore les frictions persistantes, des tirs iraniens signalés sur des navires à l’accord-cadre trilatéral États-Unis, Israël, Liban, pour se concentrer sur la normalisation des flux.
Conséquence directe : la correction des métaux précieux. L’or, proche de 4’195 USD/oz lundi, a plongé vers 3’950 jeudi avant de rebondir à 4’090 en fin de semaine. L’argent a perdu près d’un dixième de sa valeur, repassant sous 60 USD/oz.
L’euro lâche prise
Grand perdant du G10, l’EUR/USD a cassé son plus bas de mars à 1.1411 pour toucher 1.1325, au plus bas depuis juin 2025. Deux moteurs : la force du dollar et un discours plus accommodant de Christine Lagarde, conjugué à des PMI flash décevants, notamment une contraction des services en Allemagne. Les anticipations d’une prochaine hausse de la BCE ont été repoussées à septembre. La paire s’est stabilisée au-dessus de 1.14, son rebond de vendredi plafonné par la menace de Donald Trump d’imposer 100% de droits de douane aux pays taxant les services numériques américains.
Focus franc suisse
L’EUR/CHF a glissé de 0.9259 lundi vers 0.9202, testant le support clé de 0.9200, sous sa moyenne mobile à 200 jours (résistance vers 0.9267, second soutien à 0.9180). Volatilité très faible, mais biais baissier qui traduit un franc bien tenu face à un euro fragilisé.
À l’inverse, le franc a cédé face au dollar. LeUSD/CHF est monté de 0.8084 à un pic de 0.8139 jeudi, au plus haut depuis novembre 2025, avant de refluer à 0.8094 vendredi avec la détente du billet vert.
Synthèse. La faiblesse du franc face au dollar relève de la force du billet vert, pas d’une défiance envers la devise, comme le montre sa solidité contre l’euro et son rôle de refuge dans une semaine de déroute technologique. Avec une BNS toujours à 0.00% et une inflation à 0.60%, dans la bande cible, aucune pression à agir. Le 0.9200 sur l’EUR/CHF reste le niveau à surveiller.
Tour d’horizon
Yen. Le USD/JPY est resté collé à ses sommets, butant sur la résistance de 161.95, au plus bas depuis 1986. L’écart de taux avec les États-Unis a primé sur une inflation tokyoïte en hausse.
Livre. Semaine politique chargée avec la démission annoncée du Premier ministre Starmer et une succession probable par Andy Burnham. La GBP a limité la casse, terminant au milieu de sa fourchette, un peu au-dessus de 1.0700 contre franc.
Dollars australien et canadien. L’Aussie a souffert de son profil à bêta élevé malgré un emploi de mai solide (+40.3k). Le dollar canadien a mieux résisté, la baisse du pétrole pesant moins en fin de semaine.
Perspectives
Semaine dense. Côté suisse, l’inflation de juin est attendue jeudi (consensus 0.7% sur un an), repère clé pour la BNS. En zone euro, les CPI nationaux s’enchaînent dès mardi avant l’inflation flash et l’ISM manufacturier américain mercredi.
Point d’orgue : le rapport sur l’emploi américain, avancé à jeudi 2 juillet en raison du week-end férié du 4 juillet. Consensus à 90k créations en juin, contre 172k en mai. Un chiffre faible pèserait sur le dollar. À suivre aussi, le nouveau cycle de négociations États-Unis, Iran des 28 et 29 juin au Burgenstock, déterminant pour le pétrole, et la clôture de mois et de trimestre mardi.
Je profite de cet article pour vous souhaiter un bel été et je me réjouis de vous retrouver à la rentrée !


