Le dollar règne en maître face au choc pétrolier et à la crise au Moyen-Orient
Synthèse hebdomadaire du marché des changes : du 9 au 13 mars 2026
Résumé Exécutif
La semaine du 9 au 13 mars 2026 a été entièrement dominée par le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran, et par ses lourdes conséquences sur les flux d’énergie mondiaux.
Les investisseurs se sont massivement repliés vers le dollar américain face aux craintes de perturbations des approvisionnements.
Le stress sur les marchés financiers s’est accumulé à un rythme inédit depuis le choc tarifaire de l’an dernier, propulsant les prix du pétrole et l’indice du dollar (DXY), ce dernier atteignant son plus haut niveau depuis fin novembre.
Analyse Chronologique de la Semaine
Lundi : Le choc pétrolier historique et la panique des valeurs refuges
La semaine s’est ouverte sur un vent de panique lié à l’extension du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran, propulsant les cours du brut à leurs plus hauts niveaux depuis la mi-2022.
Le WTI a bondi de 31,4 % pour atteindre un pic en séance de 119,48 dollars le baril, tandis que le Brent s’est envolé de 29 % à 119,50 dollars avant de corriger d’une dizaine de dollars. Cette flambée a déclenché une forte demande pour les monnaies refuges : la paire EUR/CHF a subi une pression vendeuse intense, tombant brièvement sous le seuil critique des 0,9000 pour la première fois depuis 2015, avant qu’une “intervention présumée” de la Banque Nationale Suisse (la “main magique” de la BNS) ne fasse rebondir les cours autour de 0,9040.
Le yen s’est affaibli lourdement pénalisé par la dépendance énergétique du Japon.
Mardi : Espoir éphémère et consolidation
Une accalmie temporaire s’est installée sur les marchés après que Donald Trump a affirmé que la guerre avec l’Iran pourrait être résolue “très bientôt”.
Ces déclarations ont fait reculer le dollar américain et les prix de l’énergie, le Brent retombant autour de 95,45 dollars et le WTI à 88,50 dollars.
L’EUR/USD en a profité pour repasser la barre des 1,1600 (se traitant vers 1,1630), tandis que l’USD/CHF a glissé sous les 0,7800.
Ailleurs, les statistiques macroéconomiques ont surpris à la hausse : le PIB japonais du 4e trimestre 2025 a été révisé à +1,3 % (contre 0,2 % attendu), et la Chine a affiché des exportations en hausse de 21,8 %.
En Australie, le dollar australien s’est raffermi autour de 0,7090 suite aux propos “hawkish” du président de la RBA, Andrew Hauser, signalant une possible hausse des taux pour contrer l’inflation importée.
L’or, profitant de la faiblesse passagère du billet vert, s’est hissé vers 5 175 dollars l’once.
Mercredi : L’escalade militaire ignorée grâce aux réserves stratégiques
Sur le terrain, la situation s’est pourtant gravement détériorée. L’Iran a revendiqué des frappes de grande ampleur sur des cibles américaines et israéliennes, tandis que l’armée américaine a détruit 16 bateaux poseurs de mines iraniens près du détroit d’Ormuz.
Paradoxalement, les cours de l’or noir ont lourdement chuté ce jour-là : le WTI a perdu près de 9 % (à 84 dollars) et le Brent est retombé à 87,75 dollars.
Cette baisse a été catalysée par des rumeurs persistantes d’un déblocage imminent des réserves stratégiques des grands pays consommateurs.
Le marché des changes est resté atone dans l’attente et l’EUR/CHF n’a pas réussi à franchir la résistance de 0,9050.
Du côté de la BCE, Christine Lagarde a fermement déclaré que l’institution ferait “tout ce qui est nécessaire” pour maîtriser l’inflation face à la crise énergétique.
Jeudi : Le retour de la peur énergétique et la suprématie du dollar
La réalité géopolitique a rattrapé les marchés avec de nouvelles attaques iraniennes ciblant les infrastructures des États du Golfe.
L’évacuation de tous les navires du principal terminal d’exportation d’Oman et l’attaque de pétroliers dans les eaux irakiennes ont relancé l’incendie.
Cette nouvelle flambée a agi comme un puissant catalyseur pour le dollar américain, qui bénéficie de son statut d’exportateur net d’énergie.
L’EUR/USD a rechuté de 0,87 % pour s’établir à 1,1543.
Les rendements obligataires se sont de nouveau tendus face au risque inflationniste, le 10 ans américain gagnant 9,5 points de base à 4,235 %.
Sur le front macroéconomique, l’inflation américaine (IPC) de février est ressortie parfaitement en ligne avec les attentes à 2,4 % sur un an, un chiffre qui a eu peu d’impact car il ne reflète pas encore le récent choc énergétique.
Vendredi : Actions historiques et point de rupture sur les devises
La semaine s’est achevée sur une série d’annonces majeures soulignant la gravité de la crise. Le détroit d’Ormuz étant bloqué, l’offre mondiale de pétrole a été amputée de 7,5%.
Face à la fermeture du terminal saoudien de Ras Tanura et à la force majeure déclarée par le Qatar sur ses exportations de gaz, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a validé une libération record et historique de 400 millions de barils de ses stocks stratégiques.
Les États-Unis ont même dû accorder une dérogation temporaire de 30 jours pour autoriser l’achat de pétrole russe bloqué en mer.
Sur le marché des changes, ce climat anxiogène a propulsé l’indice du dollar (DXY) à son plus haut niveau depuis fin novembre.
Les devises européennes ont craqué : l’EUR/USD a rompu le seuil psychologique de 1,15 pour s’enfoncer à 1,1472,
tandis que la livre sterling (GBP) a été achevée par l’annonce d’une stagnation (0 %) du PIB britannique.
Le yen japonais, asphyxié par les coûts énergétiques, a touché ses plus bas depuis juillet 2024 (le USD/JPY frôlant 159,69), forçant la ministre des Finances Satsuki Katayama à menacer publiquement d’une intervention sur les marchés pour défendre sa monnaie.
Performance des Paires de Devises Clés (Cours au vendredi 13 mars)
EUR/CHF (L’euro plie, le franc résiste) : La zone euro, importatrice nette d’énergie, a subi le choc de plein fouet. L’euro a reculé face au franc, évoluant le 13 mars dans une fourchette de 0,9021 à 0,9058, avec un cours autour de 0,9036 en clôture.
USD/CHF (Le dollar prime) : Fort du statut d’exportateur net d’énergie des États-Unis, le dollar s’est imposé face au franc suisse. La paire a clôturé à 0.7914 en hausse de 1.30% sur l semaine.
EUR/USD (Plus bas annuel) : L’euro a été lourdement pénalisé par la détérioration des perspectives de croissance européenne liées à l’énergie. La paire a rompu le seuil de 1,15 pour terminer à 1,1416 le 13 mars, contre 1,1778 avant le conflit.
GBP/CHF (Sous pression) : La livre a souffert de la dépendance énergétique du Royaume-Uni et d’un PIB stagnant à 0 %. Elle clôture la semaine à 1.0465.
USD/JPY (Le yen sous tension) : Le Japon étant très dépendant du pétrole du Golfe, le yen a touché ses plus bas niveaux depuis juillet 2024. La paire a enregistré un plus haut à 159,74 vendredi.
AUD/USD (Aversion au risque) : Bien que la banque centrale australienne ait signalé la possibilité d’une hausse des taux face à l’inflation importée, le dollar australien a reculé face à la vigueur de l’USD et au climat de forte aversion au risque.
USD/CAD (Le loonie pénalisé) : Paradoxalement, le dollar canadien n’a pas profité de la flambée du pétrole, le climat de “risk-off” ayant pris le dessus. La paire s’est établie à 1,3722 en clôture du 13 mars.
Conclusion et Perspectives
Le marché des changes s’est radicalement restructuré en fonction de la vulnérabilité énergétique des différentes zones géographiques.
La semaine prochaine (du 16 au 20 mars) sera décisive, avec les réunions de la Fed (qui publiera son nouveau “dot plot”), de la BCE, de la BoJ et de la BNS.
Toutes ces institutions devront revoir leurs projections dans ce nouvel environnement inflationniste, tandis que l’évolution de la situation au détroit d’Ormuz restera le principal moteur des devises.
A suivre..


