Tarifs, risque politique et “sell USD” : la semaine où le USD/CHF a décroché
Résumé hebdomadaire du marché des changes pour la semaine du 19 au 23 janvier 2026
La semaine du 19 au 23 janvier 2026 a offert un scénario très pédagogique : quand l’incertitude vient de la politique américaine, le dollar peut perdre son réflexe de “refuge automatique”. Les menaces de tarifs douaniers visant l’Europe (sur fond de dossier Groenland) ont ravivé l’aversion au risque. Résultat : le CHF et le JPY étaient très recherchés, un USD sous pression, et un EUR/USD en hausse malgré une zone euro loin d’être parfaite.
Les niveaux qui résument la semaine
EUR/CHF : 0,9301 → 0,9229
USD/CHF : 0,8021 → 0,7803
EUR/USD : 1,1584 → 1,1828
Ce trio raconte l’essentiel : le CHF s’est apprécié contre l’euro, le CHF s’est nettement apprécié contre le dollar, et l’euro a monté contre le dollar. Aucune contradiction : ce sont trois histoires différentes, pilotées par des moteurs différents.
Le vrai moteur : retour du risque politique
Le marché est repassé en mode aversion au risque.
Et quand la source du stress est géopolitique/politique, la mécanique est assez stable :
• Réduction du risque : moins d’exposition aux actifs risqués (actions, crédit) et aux devises cycliques.
• Recherche d’abris : CHF, JPY, et souvent un détour par les métaux précieux.
Cette semaine, l’or et l’argent ont enchaîné des records : c’est rarement un détail. Quand les métaux s’emballent, le marché paie cher “l’assurance” contre la perte de visibilité.
EUR/CHF : le CHF fait son job… mais pas en ligne droite
Le CHF s’est apprécié contre l’euro sur la semaine (EUR/CHF 0,9301 → 0,9229). Le mouvement n’a pas été rectiligne, c’est normal. En phase de stress, on a souvent une alternance entre accélérations (flux refuge) et pauses (prises de profit, couvertures, niveaux techniques).
Pourquoi l’euro a-t-il eu du mal face au franc ?
• Prime de risque sur l’Europe : quand des tarifs ciblent l’Europe, le marché commence par faire payer l’EUR.
• Fragilité de fond : croissance molle, confiance inégale… dès que le stress remonte, l’euro manque d’atouts pour rivaliser avec une devise refuge.
USD/CHF : la baisse qui compte vraiment pour les budgets
Sur la semaine, le USD/CHF a décroché de 0,8021 à l’ouverture à 0,7803 en clôture vendredi, soit -2,72%. Ce n’est pas juste un “bruit de marché” : c’est un mouvement qui impacte fortement les résultats en CHF dès que quelqu’un a des flux en USD (factures, achats, encaissements, commissions).
A) Pourquoi le USD/CHF a baissé ? ce n’est pas “juste le CHF qui est fort”
Ce mouvement représente la somme de deux forces :
1) Le CHF a joué son rôle de valeur refuge
Quand l’incertitude monte, le CHF attire mécaniquement des flux défensifs : réduction du risque, couvertures, rapatriements. Dans ce régime, il peut gagner contre l’euro et contre le dollar.
2) Le USD a été pénalisé par un risque “domestique”
Le dollar joue le refuge quand le stress est “extérieur”. Mais quand le stress vient des États-Unis (politique commerciale, incertitudes juridiques, messages contradictoires), le marché peut réduire l’exposition au USD et préférer des refuges “non-US” (CHF/JPY), en plus de couvertures alternatives (métaux). Dans ce cas, le USD peut baisser pendant que le CHF monte, et donc le USD/CHF baisse plus vite. C’est le double effet kiss cool !
EUR/USD : hausse de l’euro… surtout par faiblesse du dollar
L’EUR/USD est monté de 1,1584 → 1,1828. À lire comme un message clair : ce n’est pas forcément “l’Europe qui s’améliore”, c’est plutôt le dollar que le marché veut moins porter tant que la stabilité des règles du jeu (tarifs, escalade, rétropédalages) est incertaine. L’euro peut donc monter contre le USD “par défaut”, tout en restant sous pression face au CHF en période de stress.
Conclusion : une semaine qui rappelle la bonne approche à avoir en FX
Cette semaine nous rappelle une leçon utile : les devises ne montent pas “en absolu”. Elles montent ou baissent contre une autre, pour des raisons souvent différentes selon la paire. Ici, l’histoire centrale est double : le CHF refuge et le USD fragilisé par un risque perçu comme domestique. D’où un USD/CHF qui décroche, un EUR/CHF qui baisse, et un EUR/USD qui monte.
Pour les PME, la conclusion opérationnelle est simple : ce type de semaine ne se gère pas avec des opinions, mais avec un process.
• Avoir un taux budget rate par devise,
• des seuils d’action (éviter les réactions émotionnelles),
• anticiper des conversions fractionnées ou des couvertures par étages sur les flux certains.
L’objectif principal n’est pas de “gagner” contre le marché. L’objectif le plus important est de protéger sa marge et la trésorerie quand l’actualité devient le vrai market mover.
Bonne semaine,

