Inflation en feu, dollar en repli
Semaine du 12 au 16 octobre 2026
Le dollar a inscrit mercredi son plus haut de l’année, porté par une inflation américaine plus chaude que prévu. Il a tout rendu en deux séances, plombé par la déroute des valeurs de l’intelligence artificielle et le silence de Kevin Warsh. Le franc en a profité : l’EUR/CHF termine à 0.9261, tout près de son plus bas de la semaine. Le WTI, lui, a franchi la barre des 100 dollars.
Des prix qui débordent, une Fed qui se tait
Mercredi, l’IPC sous-jacent de septembre a progressé de 0.3% sur le mois (0.2% attendu) et de 2.6% sur un an (2.5% attendu). L’indice global a grimpé de 0.6%, tiré par l’essence (+9.1%), qui explique plus de la moitié de la hausse. Jeudi, les prix à la production ont bondi de 1.3% (0.5% attendu), leur plus forte hausse depuis mars 2022. Vendredi, les prix à l’importation ont enfoncé le clou : +8.1% sur un an, du jamais vu depuis juillet 2022. Seule note discordante, le groupe de contrôle des ventes au détail se limite à +0.1%, pour 0.3% attendu.
Les marchés monétaires ont fait le yoyo. Avant le CPI, ils ne pricaient qu’une chance sur cinq de hausse de 25 points de base lors du FOMC de fin octobre. Après, une sur deux. Puis le reflux : environ 30% jeudi, 17% vendredi. Kevin Warsh, au FMI, s’est borné à réaffirmer le mandat de stabilité des prix, sans indication sur la prochaine décision. Le marché a lu ce silence comme l’acceptation d’une pause. Une hausse d’ici décembre reste en revanche intégralement pricée.
Les avertissements n’ont pourtant pas manqué. Le président de la Fed de Chicago a jugé inacceptable une tendance sous-jacente de 4% en rythme annualisé. La présidente de la Fed de San Francisco juge de nouvelles hausses plus probables qu’improbables, sans urgence. Le 10 ans américain termine à 5.10%, contre 5.24% une semaine plus tôt.
L’IA, de moteur à boulet
Le paradoxe de la semaine : une inflation plus chaude, mais un dollar plus faible. Lundi, les progrès du chinois CXMT sur une puce mémoire ont fait plonger le secteur. Mercredi, le rendement d’une obligation de CoreWeave a dépassé 15%, un niveau d’émetteur en difficulté. Jeudi et vendredi, des revenus d’Anthropic sous les attentes puis des attentes de valorisation revues en baisse ont achevé de refroidir le secteur.
Bilan : -5.5% pour le Nasdaq 100, -1.9% pour le S&P 500. La fuite vers la qualité a fait baisser les rendements longs américains et privé le dollar de son principal soutien. L’indice dollar, monté jusqu’à 102.75, termine à 101.65 (-0.35%). Vendredi, les devises dont les bourses sont moins exposées à l’IA, livre, dollar néo-zélandais et dollar australien, ont mené le G10.
Pétrole : la barre des 100 dollars cède
Le week-end précédent, une attaque des Houthis contre l’aéroport de Riyad a fait 12 morts. Mardi, des explosions ont été signalées près du siège de Saudi Aramco à Dhahran. Vendredi, un missile yéménite aurait touché le port de Yanbu, faisant craindre des dégâts à l’oléoduc Est-Ouest saoudien.
Le WTI a clôturé vendredi à 101.41 USD/bbl. Le Brent termine à 109.73 USD/bbl (+5.03% sur la semaine), après un plus haut à 110.02 USD/bbl, un sommet depuis mai. Les métaux précieux n’ont pas joué les refuges. L’or recule de 0.77% à 4’165.55 USD/oz, et l’argent chute de 6.44% pour finir sur son plus bas de la semaine, à 57.07 USD/oz.
L’euro rattrapé par Paris, la livre tient bon
L’euro porte toujours le poids du dossier budgétaire français. Le débat parlementaire s’est ouvert mardi sur un projet largement jugé insuffisant, et l’écart OAT-Bund s’est creusé jusqu’à environ 151 points de base, du jamais vu depuis 2012. L’EUR/USD, parti de 1.1203, a touché 1.1113 mercredi, pendant que l’EUR/GBP signait un nouveau plus bas annuel. La monnaie unique s’est reprise avec le repli du dollar et clôture à 1.1240 (+0.33%), non loin de son plus haut hebdomadaire (1.1269). Moody’s rendra son verdict sur la note française vendredi prochain.
La livre a mieux résisté. Le PIB britannique d’août a progressé de 0.1%, contre un recul attendu, et les marchés pricent environ 77% de chances d’une hausse de la BoE en novembre. Le GBP/CHF, parti de 1.0968, a profité lundi d’un franc à la traîne. Il a évolué entre 1.0963 et 1.1071 et termine à 1.0989 (+0.19%), avant le budget britannique du 28 octobre.
Focus franc suisse
Face à l’euro : le franc reprend la main
L’EUR/CHF, parti de 0.9302, a évolué entre 0.9250 et 0.9338 avant de clôturer à 0.9261 (-0.44%), à quelques points de son plus bas. Lundi, le franc avait été distancé par la vigueur du dollar. En fin de semaine, deux forces ont joué dans le même sens : le risque budgétaire français, qui pèse sur l’euro, et la détente des taux américains, qui a soutenu le franc.
Face au dollar : le franc suit les taux américains
Le USD/CHF, parti de 0.8304, a épousé la trajectoire du billet vert. Lundi, le franc a été la devise la plus faible du G10, alors que l’indice dollar touchait son plus haut depuis avril 2025. La paire a culminé à 0.8395 dans cette phase de force du dollar. Le retournement est venu jeudi : le franc a fait partie des devises les plus fortes, porté par la baisse de dix points de base du 10 ans américain. Vendredi, le silence de Kevin Warsh a prolongé le mouvement. La paire termine à 0.8245 (-0.71%), près de son plus bas de 0.8218.
Lecture d’ensemble : un refuge sous condition
Le franc ne réagit pas mécaniquement à l’aversion au risque. La chute des valeurs technologiques ne l’a pas porté à elle seule : c’est la détente des taux longs américains qui l’a relancé. Le yen, autre refuge, a d’ailleurs fini vendredi parmi les lanternes rouges du G10. Sur la semaine, le franc progresse face à l’euro et au dollar, mais cède un peu de terrain face à la livre.
Côté BNS, le contraste est saisissant. Taux directeur à 0.00%, inflation à 1.0%, au cœur de la cible de 0 à 2%, quand la Fed, la BoE et la BoJ resserrent ou s’apprêtent à le faire. Le SARON a glissé à -0.05% vendredi. Le SMI a aligné cinq séances de hausse pour terminer à 14’399 points, pendant que Wall Street payait son exposition à l’IA. Prochain rendez-vous : le compte rendu de la réunion de septembre de la BNS, jeudi 22 octobre.
Tour d’horizon
USD/JPY. La BoJ serait réticente, selon la presse, à une deuxième hausse consécutive en octobre. Le gouverneur Ueda dit surveiller la faiblesse du yen. Partie de 158.31, la paire a évolué entre 157.55 et 158.95 et termine à 158.04 (-0.17%).
AUD/USD. L’aussie a d’abord profité d’exportations chinoises en hausse de 36.3% sur un an, avant de chuter jeudi sur l’emploi : 39’300 postes perdus contre 20’000 créations attendues. La paire est tombée à 0.6895, un niveau plus vu depuis juillet, ce qui affaiblit le scénario d’une nouvelle hausse rapprochée de la RBA. Elle termine à 0.6948 (-0.56%), seule devise de notre sélection à reculer face au dollar.
USD/CAD. Le huard a profité de la flambée du pétrole. Partie de 1.4258, la paire a évolué entre 1.4135 et 1.4300 et termine à 1.4143 (-0.81%), tout près de son plus bas. Le recul de l’emploi publié le 9 octobre a toutefois éloigné une hausse de la BoC en 2026 : l’IPC de lundi sera le test.
NZD/USD. À la traîne lundi, le kiwi a fini vendredi parmi les meilleures devises du G10. Partie de 0.5613, la paire a évolué entre 0.5566 et 0.5675 et termine à 0.5656 (+0.77%).
Perspectives : la semaine du 19 au 23 octobre
- Lundi 19 : PIB chinois du troisième trimestre (4.4% sur un an attendu), IPC canadien.
- Mardi 20 : emploi britannique, ZEW, résultats d’ABB.
- Mercredi 21 : IPC britannique (3.4% attendu, après 3.1%), clé pour la BoE.
- Jeudi 22 : compte rendu de la BNS, résultats de Nestlé et Roche.
- Vendredi 23 : IPC japonais avant la réunion d’octobre de la BoJ, PMI flash mondiaux (composite zone euro attendu à 52.3, après 53.1), revue de Moody’s sur la France (Aa3, perspective négative).
En toile de fond, la Fed entre dans la dernière ligne droite avant sa réunion de fin octobre, et le pétrole reste le principal canal de transmission de la géopolitique vers l’inflation.


