Paris tousse, l’euro s’enrhume
Semaine du 5 au 9 octobre 2026
La dette française a de nouveau imposé son rythme à l’euro. Ballottée entre un budget alternatif, une rumeur démentie sur la stratégie d’émission de Paris et des minutes de la BCE plus conciliantes qu’attendu, la monnaie unique cède 0.43% face au dollar. La Fed, elle, a confirmé que son cycle de hausses n’était pas terminé, et le Brent a fini la semaine au-delà de 104 USD/bbl. Le franc a d’abord pâti du retour de l’appétit pour le risque, avant de retrouver ses réflexes de valeur refuge en fin de semaine.
L’euro, otage de la facture française
Lundi, l’euro a figuré parmi les devises les plus faibles du G10 : nouvelles manifestations en France, appel des syndicats à une grève nationale le 5 novembre et élections anticipées convoquées en Espagne.
Mardi a offert un répit. Les OAT se sont redressées après la présentation par Marine Le Pen d’un budget alternatif, qui prône une maîtrise des dépenses sans en détailler le financement. L’euro en a profité, aidé par le repli du dollar. La trêve a tourné court. Mercredi, les rendements français sont repartis à la hausse et une information de presse évoquant davantage d’émissions à court terme a été démentie par le ministère des Finances. L’euro a fini en queue de peloton.
Jeudi, le compte rendu de la réunion de septembre de la BCE a changé le ton. Le texte souligne que la remontée des taux longs, tant qu’elle reste ordonnée, soutient l’orientation monétaire recherchée et pourrait influer sur le niveau approprié des taux directeurs. En clair, le marché obligataire fait une partie du travail de la BCE. L’écart de rendement à 10 ans entre la France et l’Allemagne s’est resserré à 136.1 pb. Vendredi, faute de nouvelles de Paris, l’euro a rendu du terrain.
Le paradoxe est réel : une BCE moins pressée de monter ses taux prive l’euro d’un soutien, mais elle apaise la pression sur la dette française, condition d’un rebond durable de la monnaie unique. L’EUR/USD a évolué entre 1.1161 et 1.1277, ce plus haut ayant été touché mardi dans le sillage du budget Le Pen, pour clôturer à 1.1203.
La Fed resserre, sans se presser
Les minutes du FOMC montrent que tous les participants, non-votants compris, ont soutenu la hausse de 25 pb de septembre, la première depuis 2023, et qu’une majorité juge une nouvelle hausse probablement appropriée d’ici la fin de l’année. Les risques d’inflation sont vus orientés à la hausse, notamment sous l’effet des investissements dans l’IA. Un gouverneur de la Fed a ajouté que de nouvelles hausses seraient probablement nécessaires, sans devoir être consécutives.
Les données décrivent une activité qui ralentit sans que les prix ne suivent. L’ISM des services est ressorti à 54.9 (55.0 attendu), mais sa composante prix a grimpé à 74.0. L’enquête de l’Université du Michigan a déçu (46.3 contre 47.5 attendu), avec des anticipations d’inflation à un an à 4.7%. Les inscriptions hebdomadaires au chômage restent sous les 200’000.
Après le rapport sur l’emploi décevant de la semaine précédente, les marchés monétaires ne pricent qu’environ 5 pb de hausse pour octobre, mais un peu plus de 25 pb d’ici décembre. Le 10 ans américain termine à 5.24%, contre 5.28% une semaine plus tôt. Le dollar a suivi les taux, et le dollar index termine à 102.01 (+0.36%), après avoir oscillé entre 101.54 et 102.33.
Pétrole : la prime géopolitique ne désarme pas
Mercredi, le soutien des membres de l’AIE à une accélération des déstockages, de l’ordre de 100 millions de barils, a fait reculer les cours. Jeudi, le Brent a bondi de plus de 4 dollars sur des informations évoquant des frappes américaines contre l’Iran avant les élections de mi-mandat, avant que Donald Trump n’exclue toute attaque d’ici là. Vendredi, les mises en garde des Gardiens de la révolution, prêts à poursuivre au-delà d’Ormuz les navires bravant leurs restrictions, et l’arrêt d’environ 63% de la production du golfe du Mexique avant l’ouragan Isaias ont maintenu la pression. Le Brent termine à 104.47 USD/bbl (+1.72%) et le WTI à 91.85 USD/bbl.
Ailleurs, le S&P 500 a inscrit un record mardi avant un trou d’air jeudi sur la tech. L’or a chuté mercredi avec l’argent, puis s’est repris pour finir à 4’197.80 USD/oz (+1.50%). L’argent gagne 1.35%, à 61.00 USD/oz.
Focus franc suisse : un refuge à éclipses
Face à l’euro. L’EUR/CHF a opposé deux faiblesses : un euro pénalisé par la dette française et un franc délaissé en début de semaine, quand l’appétit pour le risque a détourné les flux des valeurs refuges. Le cross a oscillé entre 0.9272 et 0.9374, pour terminer à 0.9302 (-0.19%). La faiblesse de l’euro l’emporte de justesse, et le cross prolonge la glissade entamée à la mi-septembre (0.9467 le 11 septembre).
Face au dollar. Le USD/CHF a d’abord suivi les rendements américains. Lundi et mardi, le franc a cédé du terrain face au billet vert, la demande de refuge s’effaçant avec un S&P 500 au plus haut. Le mouvement s’est inversé jeudi, avec le repli des taux américains et la correction de la tech, puis vendredi. La paire a évolué entre 0.8278 et 0.8347, pour clôturer à 0.8304 (+0.24%). Le dollar garde l’avantage sur la semaine, mais a rendu près des deux tiers de sa progression depuis le plus haut.
Synthèse. Le président de la BNS, Martin Schlegel, s’est exprimé jeudi sans laisser entrevoir d’intervention sur le marché des changes, qualifiant le franc de stable en termes réels. Avec un taux directeur à 0%, un SARON à -0.04% et une inflation à 1.0%, au milieu de la bande cible de 0 à 2%, la BNS n’a aucune urgence à agir. Le vrai sujet est ailleurs : environ 480 pb séparent le rendement à 10 ans de la Confédération (0.48%) de celui du Trésor américain. Ce différentiel explique pourquoi le USD/CHF est passé de 0.8092 fin août à 0.8304 vendredi sans une seule semaine de baisse, et pourquoi le franc ne retrouve ses couleurs que lorsque l’aversion au risque reprend la main. Pour les frontaliers payés en francs, le repli de l’EUR/CHF depuis la mi-septembre a augmenté le pouvoir d’achat en euros.
La livre suspendue au budget
La livre a figuré parmi les devises les plus fermes mardi, a reculé mercredi avec les devises sensibles au risque, puis s’est raffermie jeudi et vendredi face au dollar. La nette victoire du Labour à l’élection partielle de Holborn et St Pancras écarte un premier obstacle pour le Premier ministre Burnham. Le vrai test viendra avec le budget d’automne du 28 octobre. Le GBP/CHF a évolué entre 1.0958 et 1.1061 pour terminer à 1.0968, quasi inchangé (+0.01%) : la livre n’a pas conservé ses gains face au franc.
Tour d’horizon
USD/JPY. Le yen a profité lundi de l’engagement de la Première ministre Sanae Takaichi en faveur de la discipline budgétaire, avant de reculer. Mercredi, il a été la meilleure devise du G10, aidé par le resserrement des écarts de taux et l’aversion au risque. Le USD/JPY termine à 158.31 (+0.31%), dans une fourchette de 157.44 à 158.51.
AUD/USD. L’aussie est la seule des devises suivies ici à progresser face au dollar sur la semaine, malgré un passage à vide jeudi. L’AUD/USD clôture à 0.6987 (+0.53%), tout près de son plus haut hebdomadaire de 0.6990.
USD/CAD. Le huard a chuté vendredi : le Canada a perdu 68’300 emplois en septembre, contre 7’000 créations attendues, et le chômage est monté à 6.5%. Le USD/CAD termine à 1.4258 (+0.07%), entre 1.4207 et 1.4299.
NZD/USD. Le kiwi a alterné, en tête du G10 mardi après un lundi difficile, pour finir quasi inchangé à 0.5613 (-0.02%).
Perspectives : l’inflation américaine en arbitre
Lundi, le marché obligataire américain au comptant sera fermé pour Columbus Day. Mardi, JPMorgan, Goldman Sachs, Citigroup et Wells Fargo lanceront la saison des résultats du troisième trimestre.
Le rendez-vous majeur tombe mercredi à 14h30 (heure suisse) avec l’inflation américaine de septembre. Le consensus attend +0.6% sur un mois et 3.6% sur un an pour l’indice global, +0.2% sur un mois pour l’indice core. Avec à peine 5 pb pricés pour octobre, l’enjeu est de taille. Jeudi suivront les prix à la production et les ventes au détail américaines, ainsi que le PIB britannique d’août. Dans la nuit de jeudi à vendredi (heure suisse), le président de la Fed, M. Warsh, s’exprimera à Bangkok. Vendredi, l’inflation finale de la zone euro est attendue à 3.8% sur un an.
Au-delà, trois échéances sont cochées : le second tour de la présidentielle brésilienne le 25 octobre, le budget britannique le 28 octobre et la grève nationale en France le 5 novembre.


