Le yen fait dérailler le dollar
Semaine du 31 août au 4 septembre 2026
Le Brent a pris 8.6% en cinq séances, le rapport sur l’emploi américain est sorti trois fois au-dessus du consensus, et le dollar a quand même terminé la semaine en baisse. Ce paradoxe a un nom : le yen. Entre mercredi soir et jeudi matin, la monnaie japonaise a repris cinq figures au billet vert et emporté tout le complexe dollar avec elle. Le franc, lui, a fini exactement là où il avait commencé face au dollar, à 0.8094, après un aller-retour de plus de cent points.
Ormuz remet les taux sous pression
Les trois premières séances ont appartenu au Moyen-Orient, avec un point de bascule mardi : l’Iran tire sur des pétroliers en transit dans le détroit, Washington répond, Téhéran riposte à nouveau. Le marché a fait ce qu’il fait toujours dans ce cas. Le WTI a settlé en hausse de 4.46 dollar à 90.22 USD/bbl, le Brent de 4.16 dollar à 94.65 USD/bbl, et les rendements américains à 2 et 3 ans ont inscrit de nouveaux plus hauts annuels, à 4.392% et 4.458%. Une seule anomalie, mais elle compte : l’or est tombé à 4’335 dollars au plus fort de la tension. La corrélation entre l’or et le risque géopolitique construite en août s’est défaite en deux séances.
La Fed parle trois fois, personne n’est plus avancé
Héritage de Jackson Hole d’abord, avec une probabilité de hausse en septembre remontée autour de 60% contre 41% sept jours plus tôt, puis le gouverneur Barr qui enfonce le clou mardi. Retournement jeudi : le gouverneur Waller se dit favorable au statu quo si les chiffres d’inflation d’août confirment les progrès en cours, avec une formule qui a fait le tour des salles, il y a peu de coût à attendre une réunion. Retour du pricing à pile ou face.
Les données n’ont pas tranché non plus. ISM manufacturier sous les attentes à 54.6, mais composante prix qui ne cède pas à 71.1. ISM des services au-dessus des attentes à 55.4, avec des prix payés à 72.3, au plus haut depuis août 2022. L’activité tient, les prix ne se détendent pas.
Restait vendredi. Le rapport sur l’emploi a livré 162’000 créations de postes contre 55’000 attendues, 55’000 de révisions positives, un chômage stable à 4.1% et une participation en hausse à 61.6%. La probabilité d’une hausse le 16 septembre est remontée entre 58% et 65%. Et pourtant le dollar index termine à 99.14, en baisse d’environ 0.5% sur la semaine. Le scénario écrit ici il y a huit jours, un NFP solide qui pousse le USD/CHF vers 0.8207, ne s’est pas réalisé. Quand un chiffre pareil ne produit pas le mouvement attendu, ce n’est pas le chiffre qu’il faut regarder, c’est ce qui l’a neutralisé.
Le yen prend les commandes
Ce qui l’a neutralisé, c’est Tokyo. Trois signaux en trois jours : le secrétaire au Trésor américain fait savoir aux responsables japonais que des hausses de taux sont nécessaires, un membre du comité de la Banque du Japon évoque un éventail d’options plus large que la hausse traditionnelle de 25 points de base, puis l’institution serait favorable à une hausse des taux ce mois-ci avec un rythme ultérieur flexible. Le USD/JPY passe de 159.58 mercredi à 155.30 jeudi. Le yen gagne 1.8% contre euro et 1% contre franc, le cross CHF/JPY tombant à 192.12, un niveau plus vu depuis novembre 2025.
L’enseignement dépasse la semaine. La devise directrice du moment n’est pas celle qui reçoit les meilleures données, c’est celle qui porte le positionnement le plus déséquilibré. Le yen court après une normalisation promise depuis des trimestres, avec une réunion fixée aux 17 et 18 septembre et une menace d’intervention en arrière-plan. Tant que ce dossier reste ouvert, chaque mot qui viendra de Tokyo pèsera plus lourd sur le dollar qu’un ISM ou qu’un NFP.
Oslo veut moins de Treasuries
Le fonds souverain norvégien a recommandé à son ministère des Finances de ramener la part des emprunts d’État de 70% à 50% de son portefeuille obligataire, la réduction portant sur les Treasuries américains. Deux précautions : c’est une recommandation, pas une décision exécutée, et la motivation affichée est la recherche de rendement. Le fonds ne s’est pas exprimé sur le dollar. Le contrepoint est arrivé le même jour, des banques commerciales chinoises ayant accru leurs achats de Treasuries.
Reste que cela prolonge le sujet traité ici la semaine dernière. Quand les rendements longs américains montent pour des raisons de dette et d’offre plutôt que de croissance, ils n’aident pas le billet vert, ils l’affaiblissent. Le premier rachat du Trésor au nouveau plafond a lieu mercredi prochain.
Focus franc suisse
Contre l’euro. L’EUR/CHF est parti de 0.9373 et a attaqué immédiatement la résistance des 0.9410. Elle a cédé mardi, avec un plus haut de 52 semaines à 0.9418, puis 0.9435 mercredi. L’ancienne résistance s’est muée en support avant de lâcher à son tour jeudi. Le cross referme pile sur 0.9400, en hausse de 0.29%. Plus de 60 points d’amplitude pour un gain marginal : le sommet a servi de plafond, pas de rampe de lancement.
Contre le dollar. Bloqué sous 0.8100 lundi, le USD/CHF a franchi le seuil mardi et culminé à 0.8157 mercredi. Le retournement du yen et le discours de Waller l’ont ramené à 0.8052 jeudi, avant une clôture à 0.8094. Soit le niveau du vendredi précédent à deux points près. Cent points d’amplitude pour une variation nette de zéro.
Synthèse. Le franc a changé de camp en cours de semaine. Jusqu’à mercredi, la hausse conjointe du pétrole et des rendements américains le pénalisait, dans la continuité d’août où il avait déjà cédé 1% contre euro. Jeudi, deux moteurs l’ont soutenu : l’inflation suisse d’août à 0.8% sur un an contre 0.5% attendu, et le retour des flux refuge dans le sillage du yen.
Attention toutefois à ne pas surinterpréter ce chiffre. La surprise vient de l’énergie. À 0.8%, l’inflation reste conforme aux prévisions de 0.7% de la BNS pour le troisième trimestre. Le PIB du deuxième trimestre, en hausse de 1.5% ne change rien non plus. La réunion du 24 septembre est intégralement pricée comme un statu quo, et rien cette semaine n’a de quoi la faire bouger.
Tour d’horizon
EUR/USD. Un plus bas à 1.1574 mardi, une clôture à 1.1611, soit 0.25%. L’inflation de la zone euro est ressortie à 3.3% sur un an contre 2.9% en juillet, avec un sous-jacent en repli à 2.1%. La hausse de la BCE jeudi prochain est acquise, la question porte sur la suite.
GBP. Semaine sans relief. Le câble a évolué entre 1.3488 et 1.3545, et le GBP/CHF clôture à 1.0946 contre 1.0943.
NZD. La RBNZ a relevé son taux de 25 points de base à 2.75%, mais ses projections d’OCR sont sorties sous les attentes. Le kiwi est la lanterne rouge de la semaine à 0.5878, en baisse de 0.49%.
CAD. Ton plus ferme de la Banque du Canada mercredi, puis emploi d’août en recul de 41’700 postes contre 15’000 créations attendues. Le USD/CAD termine malgré tout à 1.3833, en baisse de 0.47% : la faiblesse du dollar l’a emporté.
AUD. Meilleure performance du tableau à 0.7201 en hausse de 0.56%, portée par un PIB du deuxième trimestre au-dessus du consensus.
Métaux. Beaucoup de bruit pour rien. Après son plus bas de mardi, l’or a brièvement dépassé 4’500 dollars jeudi pour clôturer à 4’430 USD/oz, en baisse de 0.45%. L’argent est inchangé à 66.20 USD/oz.
Perspectives
- Lundi 7 septembre : Labor Day, marchés américains fermés.
- Mercredi 9 septembre : inflation chinoise attendue à 0.9%. Première opération de rachat du Trésor américain sur la partie longue au nouveau plafond.
- Jeudi 10 septembre : BCE, hausse de 25 points de base à 2.50% attendue par la totalité des économistes interrogés. PPI américain attendu à 0.3% sur le mois.
- Vendredi 11 septembre : CPI américain d’août, attendu à 0.4% sur le mois, 3.4% sur un an et 0.2% pour le sous-jacent.
Le FOMC du 16 septembre se joue sur ces deux publications, et Waller a posé lui-même les termes du débat : progrès confirmé, statu quo ; chiffre chaud, hausse envisagée. Pour les paires franc, l’asymétrie est claire. Un CPI au-dessus du consensus renverrait le USD/CHF plus haut. Un chiffre conforme laisserait le yen et la BCE dicter la direction, avec 0.9435 comme plafond de référence sur l’EUR/CHF.


