Fed, BoJ, pétrole : une semaine à haute tension pour les devises
Semaine du 14 au 18 septembre 2026
La Fed a relevé ses taux pour la première fois depuis trois ans, la BoJ a fait de même vendredi pour porter les siens au plus haut depuis 31 ans, et le pétrole a connu l’une de ses semaines les plus agitées de l’année, entre flambée sur fond de tensions dans le Golfe et rechute sous les 100 dollars. Le dollar a fini la semaine plus fort qu’il ne l’avait commencée, mais pas sans un net accès de faiblesse jeudi. Le franc suisse, lui, est resté globalement stable face à l’euro, tout en cédant du terrain face à un billet vert remis en selle par la Fed.
La Fed relève ses taux, la crédibilité l’emporte sur le doute
La semaine s’est ouverte sur les suites du rapport d’inflation américain publié le vendredi précédent. Les prix à la consommation hors énergie et alimentation avaient progressé de 0,3% sur un mois, contre 0,2% attendu, un dépassement suffisant pour faire grimper la probabilité d’une hausse des taux de la Fed d’environ 70% à près de 90% en l’espace d’une séance. Lundi et mardi ont aussi été marqués par un accès de nervosité sur les valeurs technologiques, après que plusieurs dirigeants d’entreprises d’intelligence artificielle, dont ceux d’OpenAI, de xAI et d’Anthropic, ont appelé à ralentir le rythme de développement du secteur pour des raisons de sécurité. Les semi-conducteurs et la mémoire ont été les premiers touchés, pendant que les valeurs de cybersécurité progressaient.
Mercredi, la Fed a relevé son taux directeur de 25 points de base à 3,75-4,00%, à l’unanimité. Le dot plot s’est révélé nettement plus offensif qu’attendu : douze des dix-huit participants anticipent encore une hausse d’ici la fin de l’année, quatre en anticipent deux, et seulement deux n’en voient aucune. Le taux long terme a même été relevé à 3,2%. Lors de la conférence de presse, le président Kevin Warsh a maintenu son cap habituel, refusant toute forme de guidance et insistant sur la stabilité des prix comme priorité absolue, dans un contexte de marché du travail proche du plein emploi. La réaction immédiate a été sans appel : le rendement du 10 ans américain a repassé le seuil des 5%, le dollar a grimpé sur un large front, l’EUR/USD est repassé sous 1,15 et le USD/JPY a dépassé 156.
Le rebond ne s’est toutefois pas confirmé le lendemain. Jeudi, les marchés ont réévalué la hausse de mercredi non plus comme un signal d’urgence, mais comme un gage de crédibilité de la Fed dans sa lutte contre l’inflation, malgré les pressions répétées du président Trump en faveur de taux plus bas. Les rendements ont reflué sur l’ensemble de la courbe, les actions ont fortement rebondi (le S&P 500 a gagné 1,14%) et le dollar a cédé du terrain face à la quasi-totalité des devises du G10, à l’exception notable de la livre sterling. Cette dernière a en effet souffert de sa propre banque centrale : la Banque d’Angleterre a maintenu son taux à 3,75% par 6 voix contre 3, tout en surprenant par l’annonce d’un plan pluriannuel de réduction de son bilan et d’une pause dans ses ventes actives de gilts jusqu’en avril 2027, une décision perçue comme accommodante qui a fait chuter la livre malgré un discours plus dur sur l’inflation.
Le pétrole, otage de la diplomatie du Golfe
Le baril a vécu l’une de ses semaines les plus erratiques de l’année. Lundi et mardi, les prix ont grimpé sous l’effet d’une série de chocs d’offre : fermeture de l’oléoduc saoudien Est-Ouest après des frappes, suspension de la production sur trois champs libyens, arrêt des chargements au port de Yanbu et annulation de cargaisons de septembre vers certains raffineurs européens. Le Brent a frôlé les 110 dollars en intraday mardi.
Le mouvement s’est ensuite inversé à partir de mercredi, porté par une série de développements diplomatiques plus constructifs : la Chine aurait poussé l’Iran à contenir les Houthis, l’Arabie saoudite aurait sollicité une médiation d’Oman pour obtenir une trêve de deux semaines, et le Pakistan aurait exhorté Téhéran à empêcher toute attaque contre les infrastructures énergétiques saoudiennes. Vendredi, Bloomberg a rapporté que l’Arabie saoudite avait informé des raffineurs européens qu’ils ne recevraient aucun brut en octobre, prolongeant ainsi la perturbation déjà annoncée pour septembre. Les Gardiens de la révolution iraniens ont par ailleurs revendiqué une frappe contre un pétrolier battant pavillon togolais dans le détroit d’Ormuz. Le marché a néanmoins choisi de retenir la désescalade diplomatique plutôt que ces risques d’approvisionnement persistants, et le baril a terminé la semaine nettement sous ses sommets de mardi, avec le WTI autour de 96 dollars et le Brent à 103,20 dollars en clôture NY vendredi, soit un repli hebdomadaire de 1,12%.
La BoJ relève ses taux au plus haut depuis 31 ans, le yen décroche
Vendredi, la Banque du Japon a relevé son taux directeur de 25 points de base à 1,25%, son niveau le plus élevé depuis 31 ans, par un vote de 7 voix contre 2. Les deux dissidents, nommés par la Première ministre Takaichi, ont estimé que l’économie et l’inflation ne justifiaient pas encore ce resserrement. Le gouverneur Ueda n’a signalé aucune urgence à accélérer le rythme des hausses futures, se contentant d’évoquer un maintien de conditions financières globalement accommodantes. Le yen a immédiatement chuté, le USD/JPY grimpant jusqu’à un plus haut de 158,05 avant qu’une intervention verbale, sous la forme d’un contrôle de taux mené par les autorités japonaises, ne ramène la paire vers 156,60 en fin de séance.
Focus franc suisse
Face à l’euro : l’EUR/CHF est resté globalement encagé entre 0,9425 et 0,9475 sur l’ensemble de la semaine, sans direction franche, restant nettement en retrait de son plus haut annuel de 0,9510.
Face au dollar : le mouvement a été bien plus net. Le USD/CHF est passé d’environ 0,8178 lundi à un nouveau plus haut annuel de 0,8264 en intraday jeudi, avant de se stabiliser autour de 0,8220 en clôture NY vendredi, soit un gain hebdomadaire de 0,72% par rapport à la clôture du vendredi précédent. Cette hausse reflète avant tout la vigueur retrouvée du dollar après la décision de la Fed, plus qu’un mouvement propre au franc.
Synthèse : la BNS n’a publié aucun changement de politique monétaire cette semaine et son taux directeur reste à 0%. L’inflation suisse, à 0,8% sur un an, demeure confortablement dans la bande cible de 0 à 2%. Les tensions au Moyen-Orient ne semblent pas avoir généré de flux de type valeur refuge vers le franc cette semaine : sa trajectoire a été dictée presque exclusivement par le newsflow autour de la Fed. La BNS se réunit elle-même jeudi prochain, avec un statu quo largement attendu à 0%, même si l’inflation suisse d’août, ressortie plus forte que prévu, ravive le débat sur une possible hausse en 2027.
Tour d’horizon rapide
AUD/NZD : l’AUD/USD a évolué dans une bande étroite autour de 0,7100-0,7130, soutenu par un discours ferme de la gouverneure de la RBA Michele Bullock sur les risques haussiers d’inflation. Les marchés monétaires pricent une probabilité de 96% d’une hausse de la RBA lors de sa prochaine réunion. Le NZD/USD a sous-performé une bonne partie de la semaine, mais une croissance du PIB néo-zélandais supérieure aux attentes a renforcé les paris sur une hausse de la RBNZ dès le 28 octobre plutôt qu’en décembre.
USD/CAD : l’inflation canadienne d’août est ressortie stable à 3,0% sur un an, conforme aux attentes, tandis que les mesures cœurs de la BoC sont restées globalement inchangées. Les marchés continuent de pricer de nouvelles hausses de la BoC en octobre et décembre.
Perspectives : semaine du 21 au 25 septembre
La semaine à venir sera dominée par le sommet Trump-Xi à Washington jeudi, le second de l’année entre les deux présidents, avec au menu une possible extension de la trêve commerciale, des achats chinois de produits agricoles et d’avions Boeing, l’accès américain aux terres rares chinoises et la question de Taïwan.
Sur le plan monétaire, la BNS se réunit jeudi avec un statu quo attendu à 0%, aux côtés de la Norges Bank, de la Riksbank et de Banxico, tandis que la banque centrale sud-africaine (SARB) se réunit mardi avec un résultat plus incertain. Les indices PMI flash de septembre seront publiés mercredi pour les États-Unis, la zone euro, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et le Japon, un indicateur clé de la résistance de la croissance face à des prix de l’énergie toujours élevés. Le rapport sur l’emploi australien est attendu jeudi, et les commandes de biens durables américains vendredi. Enfin, la Chine publiera lundi son taux de prêt de référence (LPR), attendu inchangé pour un seizième mois consécutif.


