L’euro rattrapé par le budget français
Semaine du 28 septembre au 2 octobre 2026
Jeudi, le projet de budget français 2027 a placé Paris au cœur des inquiétudes du marché des changes. L’euro a nettement sous-performé : l’EUR/USD est tombé à 1.1215, un niveau plus vu depuis mai 2025, et l’EUR/CHF, monté jusqu’à 0.9487, est redescendu à 0.9260 avant de clôturer à 0.9320 (-1.18%). Dans le même temps, la probabilité d’une hausse des taux de la Fed en octobre a fondu de près de 70% à 16%, sans entamer un dollar adossé à des rendements longs toujours élevés.
Budget 2027 : Paris au centre des inquiétudes
Le gouvernement Lecornu vise 43 milliards d’euros d’économies dans son projet de budget 2027, pour ramener le déficit public à 5% du PIB. L’effort est conséquent, mais il laisse la France loin du plafond européen de 3%. Trois questions refont surface. Bruxelles imposera-t-elle des sanctions ? Le gouvernement devra-t-il passer en force avec l’article 49.3, qui permet d’adopter le budget sans vote mais l’expose à une motion de censure ? Les agences de notation abaisseront-elles la note souveraine ? En début de semaine, Paris envisageait aussi de modifier le calcul des déductions de charges salariales, ce qui équivaudrait à une hausse des prélèvements sur les entreprises de 3 à 3.5 milliards d’euros.
Le contexte ne pouvait guère être plus défavorable. Washington menace d’interdire ses exportations de diesel si la France et l’Allemagne ne libèrent pas leurs stocks d’urgence. L’inflation de la zone euro a accéléré à 3.8% en septembre (3.6% attendu), tirée par l’énergie (+18.8%), même si le sous-jacent reste contenu à 2.2%. La BCE, qui a relevé ses taux en septembre, garde octobre ouvert : un membre de son Conseil des gouverneurs n’exclut pas une nouvelle hausse, et deux autres se sont inquiétés de la remontée des rendements à long terme, un sujet sensible pour Paris.
Jeudi, la sanction est tombée. L’euro a nettement sous-performé, l’EUR/USD chutant jusqu’à 1.1215, et le CAC 40 a perdu 1.62%. Vendredi, Paris a tenté de désamorcer le front énergétique en proposant de libérer 50 millions de barils de diesel en Europe et 50 millions de barils de brut parmi les membres de l’AIE, à condition que les États-Unis renoncent à toute interdiction unilatérale. Emmanuel Macron a confirmé un déstockage étalé sur quatre mois, et le G7 la libération de jusqu’à 100 millions de barils. L’euro s’est légèrement repris, mais les questions budgétaires françaises restent au premier plan. L’EUR/USD termine à 1.1251 (-1.22%).
Focus franc suisse
Face à l’euro : deux moteurs
Lundi et mercredi, le franc a fait partie des devises à la traîne, pénalisé par l’écart de taux : le SARON reste à -0.04% et la Confédération à 10 ans rapporte environ 0.54%. L’EUR/CHF a culminé à 0.9487, sans parvenir à franchir 0.9500. Jeudi, le mouvement s’est inversé sous l’effet de deux forces. Côté euro, le budget français et la menace sur le diesel. Côté franc, la détente des rendements mondiaux et une demande de refuge européenne liée aux inquiétudes sur l’approvisionnement en diesel. Le cross est descendu jusqu’à 0.9260, sous sa clôture de fin août (0.9373), avant de terminer à 0.9320, soit -1.18% sur la semaine. Le plus bas de 0.9260 devient le support à surveiller, le plus haut de 0.9487 la résistance.
Face au dollar : un aller-retour complet
Le USD/CHF a culminé à 0.8383, porté par les rendements américains, avant de refluer avec le recul des paris sur la Fed, puis avec la demande de refuge de jeudi. Touché à 0.8228 au plus bas, il clôture à 0.8284, pratiquement inchangé (+0.01%).
Synthèse : la BNS garde de la marge
Jeudi et vendredi, le franc a figuré parmi les devises les plus fermes du G10. Les fondamentaux suisses restent solides : l’inflation de septembre est stable à 1.0% sur un an (sous-jacent à 0.5%), au milieu de la bande cible de 0 à 2%, et l’institut KOF a relevé sa prévision de croissance 2026 à 1.9%. Le président de la BNS, Martin Schlegel, juge la situation de l’institution confortable au vu d’anticipations d’inflation modérées, avec un taux directeur maintenu à 0%. La BNS a acheté pour 1.4 milliard de francs de devises sur le dernier trimestre publié, contre 3.94 milliards le trimestre précédent. La rechute de l’EUR/CHF jeudi rappelle que ce répit reste fragile.
Fed : octobre s’éloigne, le dollar tient
Lundi, les marchés pricaient encore à près de 70% une hausse de 25 points de base fin octobre. Mardi, le vice-président du FOMC, patron de la Fed de New York, a jugé qu’il n’y avait aucune urgence après la hausse de septembre ; jeudi, le vice-président de la Fed a tenu le même discours. Les données ont suivi : PCE sous-jacent à 3.0% (3.3% attendu), confiance des consommateurs à 81.9 (89.2 attendu) et, vendredi, seulement 29’000 créations d’emplois en septembre contre 90’000 attendues, avec un chômage remonté à 4.2%. La probabilité d’une hausse en octobre est tombée à 16%, même si la présidente de la Fed de Dallas réclame encore au moins 50 points de base de hausses.
Le dollar n’en a guère souffert. Le Dollar Index a culminé à 102.01 et clôture à 101.64 (+0.88%), sa troisième hausse hebdomadaire consécutive. Le 2 ans américain recule d’environ 3 points de base à 4.83%, mais le 10 ans gagne plus de 11 points de base à 5.28% : l’avantage de rendement du billet vert reste intact. L’inflation américaine du 14 octobre tranchera.
Pétrole : la prime géopolitique résiste
Mardi, le WTI a cédé 3.22 USD à 89.38 USD/bbl après l’offre de 40 millions de barils de la réserve stratégique américaine. Mercredi, une attaque houthie contre le site pétrolier saoudien d’Abqaiq a ravivé les tensions. Jeudi, la presse américaine a fait état de l’envoi de jusqu’à 10’000 soldats au Moyen-Orient, Donald Trump envisageant de reprendre les frappes contre l’Iran en novembre. Le Brent a évolué entre 95.16 et 103.08 USD/bbl et clôture à 102.70 USD/bbl (+5.45%), le WTI à 91.11 USD/bbl. L’or a oscillé entre 4’111.28 et 4’261.48 USD/oz pour clôturer à 4’135.80 USD/oz (-3.43%), et l’argent recule de 6.28% à 60.19 USD/oz.
Livre sterling : le bon élève
La livre a été l’une des rares devises à tenir tête au dollar, soutenue mercredi par la révision à la hausse du PIB britannique du deuxième trimestre, et menait encore le G10 vendredi. Le GBP/CHF a oscillé entre 1.0891 et 1.1105 et clôture inchangé à 1.0967. L’élection partielle de Holborn and St Pancras, jeudi prochain, sera un test pour le Premier ministre Andy Burnham.
Tour d’horizon
USD/JPY : entre 156.38 et 158.45. Soutenu en début de semaine par les mises en garde de Tokyo, le yen a cédé jeudi après un Tankan légèrement inférieur aux attentes et une Banque du Japon moins hawkish qu’espéré, malgré une inflation sous-jacente de Tokyo accélérée à 2.7%. Clôture à 157.82 (+0.38%).
AUD/USD : la RBA a relevé son taux de 25 points de base à 4.60%, mais la gouverneure Michele Bullock a ouvert la porte à une pause si l’inflation reflue. Entre 0.6905 et 0.7039, clôture à 0.6950 (-1.03%).
USD/CAD : le loonie a souffert du repli de l’énergie vendredi. La paire a touché 1.4263, son plus haut annuel, et clôture à 1.4248 (+0.79%).
NZD/USD : entre 0.5586 et 0.5688, clôture à 0.5614 (-0.81%).
Perspectives : Paris et la Fed sous surveillance
Côté français, le solde budgétaire à fin août (mardi, -145.9 milliards d’euros précédemment) sera scruté, aux côtés du PMI final des services (lundi, 51.4 attendu), de la production industrielle (mardi) et de la balance commerciale (mercredi). Dimanche, premier tour de la présidentielle brésilienne et réunion de l’OPEP+. Lundi, l’ISM des services américain (55.7 attendu). Mardi, le taux de chômage suisse de septembre (3.0% précédemment). Mercredi, les minutes du FOMC ; jeudi, celles de la BCE, lues à l’aune d’une possible hausse en octobre. Vendredi, l’emploi canadien et la confiance des consommateurs du Michigan. Le Trésor américain adjugera par ailleurs 119 milliards USD de titres à 3, 10 et 30 ans.
Au-delà, l’inflation américaine du 14 octobre et la réunion de la BoJ du 30 octobre structureront la suite du mois.


